lundi 30 juillet 2012

Espèce de Bamiléké !

Il y a quelques semaines, Monseigneur Tonye Bakot, évèque de Yaoundé, a fait la une des médias camerounais après qu'une de ses correspondances est filtré dans la presse. Dans sa missive, l'évêque s'étonnait de la sur-représentation des Bamilékés dans les effectifs des étudiants et des enseignants de l'UCAC (Université Catholique d'Afrique Centrale) et demandait que des mesures soient prises pour remédier à cette situation.

Si le tollé que cette affaire a provoqué a mis à découvert le tropisme tribaliste de ce clerc catholique, j'en étais peu étonné puisque ce prélat appartient à cette génération d'âge de Camerounais qui ne peuvent s'empêcher d'analyser un état de fait en usant du filtre ethnique.   

Dans mon enfance, traiter quelqu'un de Bamiléké relevait de l'insulte. Dans ma famille élargie, les préjugés anti-bamiléké avaient la peau dure. On reprochait aux membres de ce groupe ethnique d'être des envahisseurs, des gens cupides et profiteurs, des personnes à l'hygiène personnelle et domestique douteuse, des entrepreneurs sans scrupules au point de recourir systématiquement à la sorcellerie pour s'enrichir.

Pour légitimer leurs sempiternelles moqueries, nos parents (1) nous enseignaient à considérer l'histoire du Cameroun à travers le filtre des maquisards de l'ALC (Armée de Libération du Cameroun, branche armée de l'UPC dans les années 60)  qui semaient la terreur dans les pays bamiléké, bassa et banen.

Nos parents nous disaient que ces maquisards étaient essentiellement des Bassa et de Bamiléké. Mais pour expliquer le fait que les Bassa trouvaient plutôt grâce à leurs yeux, ils contaient une délicieuse fable sortie de leurs esprits fertiles: les Bassa, profondément nationalistes,  s'étaient naïvement faits avoir par les Bamiléké qui pillaient leurs victimes pour s'enrichir.

Vers la fin des années 2000, de nombreux Bamilékés habitant la ville de Ndikinimeki dans le département du Mbam-et-Enoubou avaient vu leurs biens détruits ou pillés par des Banen ,originaires de la région, qui voyaient d'un très mauvais oeil leur dynamisme démographique. En termes plus simples, ils avaient le sentiment de se sentir envahir et déposséder de leurs terres ancestrales par les gens de l'Ouest.

Ce qui me chagrina le plus dans cette affaire était que les autorités politiques se faisaient complice de ce genre d'exaction. L'une de mes lointaines tantes, à l'époque conseillère municipale de Ndikiniméki, en racontant ces évènements à mes parents traitaient les Bamiléké de cette ville, de Katangais et dévoilait l'intention de l'élite banen - peut-être seulement une partie d'elle- de les refouler.

Soit dit en passant, cette tante était une fervente militante du RDPC, parti de l'unité nationale, de la paix, du rassemblement, de l'intégration nationale et autres fables bon à gober pour les naïfs.

Cela dit, le mépris du Bamiléké se mêlait à une admiration voilée. Nos parents, soit pour nous encourager soit pour nous humilier, se plaisaient à prendre pour exemple la pugnacité, la frugalité et l'esprit d'entreprise des enfants Bamilékés. Il faut dire qu'eux même s'abstenait de copier le bon exemple des parents de ces enfants.

Tout cela m’amena à penser que le tribalisme anti-bamiléké trouvait surtout -mais pas seulement- sa source profonde dans le refus d'admettre que cette ethnie, au regard de son dynamisme économique et socio-culturel, était bien supérieure (sic) à la plupart des tribus que compte le Cameroun.  Comme quoi, le ressentiment envers l'autre est très souvent une question d'envie et de jalousie.

  (1) Par parents, j'entends toute personne de la génération de mes parents.    

vendredi 20 juillet 2012

Comment l'école du Cameroun fabrique des illettrés

En classe de sil (section d'initiation à la lecture), j'avais une institutrice, Mme Etémé, qui n'y allait pas avec le dos de la cueillière pour nous faire assimiler les leçons de lecture. Le caoutchouc -en fait, une courroie blindée ou non de moulin électrique à écraser- cinglait sur la paume de main ou sur le dos de l'élève qui ne parvenait pas à reprendre les fameux: "p-a-pa, pi-pi, papa fume la pipe." Quand l'élève fouetté, ne supportant plus l'atroce douleur, refusait d'obtempérer à l'ordre de présenter la partie du corps par lequel le châtiment corporel lui était administré, notre institutrice entrait dans une rage folle et frappait à l'aveuglette sur toutes les parties du corps. Elle avait peut-être l'excuse (sic) d'être éthylique. 

Avant la fin la fin de cette année scolaire-là, je pus percer les secrets et les joies de la lecture non pas grâce au fouet, mais plutôt à la méthode d'enseignement utilisée: la méthode syllabique ou encore la méthode  Boscher comme disent les professionnels. J'eus "la chance" comme beaucoup d'autres enfants de ma génération -je ne parle même pas de celles de nos parents- de bénéficier de cette approche pédagogique qui relevait simplement du bon sens. Et ce bon sens, notre mère l'avait où elle comprit très vite l'intérêt de cette méthode et nous l'appliquait à la maison. Soit dit en passant, elle n'avait que le certificat d'étude primaire comme diplôme le plus élevé. 

Mais je suis poussé à croire que nos institutions éducatives n'appliquaient la méthode Boscher que par mimétisme puis qu'elles adoptèrent plus tard la méthode globale, fruit des esprits fertiles français qui s'attelaient depuis mai 68 à défaire l'héritage culturelle, sociale et éducatif de leur propre pays et civilisation. C'est ainsi que l'apprentissage de la lecture au Cameroun devint une victime collatérale et indirecte des soixante-huitards français. A force d'avaler sans esprit critique, nous avions d'abord pris du bon puis l'avions remplacé par le mauvais venant de la France.

Le résultat fut bien tangible sur le benjamin de notre fatrie. Probablement handicapé par le syndrome d'Asperger, il ne ne comprenait rien aux leçons de lecture que lui prodiguaient des instituteurs à qui les inspections pédagogiques demandaient d'appliquer des méthodes d'apprentis sorciers. Il accusait alors un inquiétant retard scolaire. Il fallut que l'un d'entre nous, ses frères, eu l'intuition de revenir à la méthode syllabique et tout d'un coup, notre frère comprit les mécanismes basiques de la lecture. 

On pourrait relever que les problèmes de notre frère trouvait plus sa source dans le handicap que j'ai évoqué plus haut. Qu'il me soit permis de dire que s'il ne s'agissait que de notre frère, il n'y aurait peut-être pas matière à écrire un billet. Mais force est de constater que si les statistiques disent que la population camerounaise est alphabétisée à plus de 65%, une observation empirique me permet d'avancer qu'une enquête du genre test PISA révélerait un taux d'illettrisme ahurissant dans notre pays.   

Pour expliquer notre faible pratique de la lecture, on évoque trop complaisement l'accès difficile aux livres à cause de la précarité économique. Et pourtant, les libraires du "poteau" démentent en grande partie cette justification en proposant des livres de bonnes qualité -question contenu bien sûr- à des prix modiques. Reconnaissons-le, la pluspart d'entre nous ne lisons parce que cette exercice nous est trop diffile. L'école ne nous ayant pas formé pour cela comme il fallait dès notre prime enfance, nous préferrons de loin regarder la télévision, ce qui est bien moins exigeant intellectuellement.   

lundi 16 juillet 2012

Pourquoi ai-je tendance (à tort) de délaisser l'actualité camerounaise

Ceux qui me font régulièrement l'honneur de lire mes billets auront certainement fait le constat que je traite peu de l'actualité du Cameroun bien que je sois citoyen et que je vive dans ce pays. Ils pourraient m'en faire le reproche. J'y réponds tout de suite en leur donnant raison sans embages. Mais qu'il me soit permis d'y donner quelques explications afin d'obtenir d'être jugé moins sévèrement.  

J'ai toujours préféré ne traiter que des sujets qui me pasionnent et dont j'ai une certaine maîtrise. Ce fut le cas à propos des sujets politiques, économiques, sociétaux (sic), éducatifs -et autres- il y a bien longtemps quand je ne savais pas encore user d'internet pour diffuser mes idées. Je dévorais les journaux, j'écoutais un grand nombre d'émissions radio ou télé pour me tenir informé. Au lycée, j'étais capable de tenir la dragée à un grand nombre de contradicteurs dans des débats portant sur un large panel de sujets.

Mais voilà, la politique camerounaise a fini de me désespérer! Non pas parce que beaucoup des opposants d'hier comme Issa Tchiroma sont allés patauger dans la mangeoire, mais parce que j'ai fini par comprendre que la plupart de nos hommes politiques -je veux bien sûr parler de ceux de l'opposition- sont loin d'être des démocrates dans l'âme. Ils manifestent leur tropisme autocratique non seulemnt en gelant l'alternance au sein de leur propre formation, mais en prenant position en faveur des dictateurs d'autres contrées.

Qui pis est, peu -sinon aucun d'entre eux- ne semblent en mesurent de mener une politique économique courageuse. Du fait de leur formation academique et de leurs (mé)connaissances économiques, ils sont tous keynesiens et contre les douleureux mais salutaires programmes d'ajustement structurels pratiqués sur les conseils -en fait, les injonctions- des institutions de Brettons Woods. Pour gagner l'assentiment populaire, ils préfèrent user de démagogie pour plaire au peuple. Ne comptez surtout pas sur eux pour faire oeuvre de pédagogie économique.

Pour affiner le tableau de la déliquescence de la scène politique camerounaise, je ne peux m'empêcher de déplorer l'absence totale de laboratoires d'idées, des sortes de think tank, qui puissent fournir de matière semi-finis à nos hommes politiques. Qu'on ne me parle surtout pas de ces gouailleurs qui écument les plateaux télé pour qu'on puisse bien admirer leur tronche -sinon pourquoi les entend-on si peu à la radio?- , qu'on qualifie trop indulgemment d'experts, mais qui ne produisent ni livres ni articles de presse ni blogs.

Alors pouquoi m'intéresser aux Marafa, Nitcheu, Fru Ndi et autres ? Je l'admets, j'ai eu tord de plus écrire sur l'Occident que sur mon pays. Mais ayez un peu d'indulgence à mon égard...              

Obama le Mahdi plus fort qu'un prestigitateur

S'il y a une personnalité politique que je ne supporte pas de voir même en photo, il s'agit du président américain Barack Obama. Comme beaucoup de Négro-africains, j'aurai pu être heureux il y a quatre ans quand Obama accéda à la présidence de la première puissance mondiale. Mais voilà, le lien de "sang" pesait bien moins que le lien d'esprit que crée une communauté de valeurs. La faute peut-être à une forte imprégnation d'idéaux judéo-chrétiens.

J'aimais l'Amérique d'avant Obama, son dynamisme qui n'avait de cesse de m'émerveiller, son prosylétisme pour les libertés et la démocratie. Bien que vivant loin de cette Amérique-là et ayant renoncé définitivement de tenter d'y émigrer, je vivais le Rêve américain. J'entendais des propos et je lisais des écrits sur le cauchemar américain, mais je savais bien que ces gens-là qui disaient et écrivaient ces choses-là étaient les même, ou les héritiers idéologiques de ceux, qui  considéraient que l'URSS ou Cuba étaient des paradis, du moins qu'ils étaient moins infernals que l'Amérique.

Et puis on n'a commencé à parler d'un jeune politicien promoteur à qui on promettait un grand destin. Et puis, petit à petit, les foules américaines, européennes et africaines furent gagnées par une sorte d'hypnose que jusqu'à présent, je n'arrive pas à m'expliquer. Les contempteurs d'Obama minoritaires parlèrent d'obamalâtrie. Obama devint l'objet d'un culte païen. Il parlait d'espoir, de changement, d'unité et autres nullités oratoires. Mais le monde entier trouvait cela formidable.

Pour résoudre la crise dans son pays, il préconisait des mesures keynesiennes qui avaient échoué à résorber la crise économique de 1929 et avait conduite à la stagflation - c'est-à-dire chômage+inflation soit cul-de-sac économique- des années 70. Il prétendait que le marasme économique de son pays était le résultat des politiques de dérégulation reaganienne et poursuivies dans une moindre mesure par W. Bush. A ma grande surprise et mon profond désaroi, les Américains approuvèrent le diagnostic d'un médecin sans qualification ni diplôme.

Ces Américains oublièrent que c'est sous Reagan qu'ils connurent leur plus longue période de prospérité économique -depuis la guerre de Sécession- et que l'ancien président sut résoudre en un temps record deux crises économomico-financières (1982 et 1987) au moins aussi grave que celles de 2008.

Au regard des sondages, je ne serai nullement surpris de voir Obama remporté les élections de 2004. Il aura alors quatre ans de plus pour achever de ruiner les Etats-Unis. Mais je suis convaincu que les Américains finiront par se rendre compte de la dangerosité d'Obama et du progressisme américain. Après les deux mandats d'Obama, les progressistes seront renvoyés à la marge et le parti démocrate fera son aggiornamento pour se débarrasser de l'héritage Obama. Un mandat pourra suffir alors à ressusciter le rêve américain.

Mais, c'est le plan international que l'irréparable sera commis. L'Iran aura sa bombe nuclaire, l'islam radical ira de victoire en victoire,surtout en Afrique. Le fondement démocratique des états sud-américains continueront d'être ébranlés par des régimes qui gratifient perpétuellement Washington d'un bras d'honneur. Je ne fais pas le prophète de mauvaises augures et je souhaite que ces projections ne réalisent pas. Mais je préfère m'attendre au pire quitte à me réjouir après coup de sa non advenue.

Je n'aurais certainement par écrit ce billet aujourd'hui si je n'avais pas vu sur Facebook l'annonce publicitaire d'un certain Global Movement for Change & Change & Colourful   qui dit être un fruit de la Generation Obama et se donne, entre autres, pour mission de former des nouveaux leaders pour insuffler du changement, rendre notre monde meilleur et blablabla. Au regard de cette initiative loufoque, je me dis que cet Obama se prend vraiment pour un Messi ou plus exactement un Mahdi.


   

mardi 3 juillet 2012

Comment Biya'a bi Mvondo achète la paix civile

En matière de politique intérieure camerounaise, je classerai notre père dans le camp des conservateurs cyniques qui trouvent matière à critiquer les changements démocratiques et les revendications populaires à plus de libertés politiques et civiques. Et pourtant, il n'a jamais été un partisan du Renouveau et c'est avec difficulté qu'on peut le ranger dans les rangs des sympathisants de Biya'a bi Mvondo et de son régime. La position politique et intellectuelle de notre père lui donnait donc souvent une lucidité assez rare pour analyser les actions du président camerounais.
Pour expliquer le laisser-aller qui a cour dans la société camerounaise, il disait que Biya'a bi Mvondo ménageait ainsi des   soupapes de sûreté pour éviter que les frustrations des populations atteignent un point où celles-ci se trouvent contraintes de descendre dans la rue pour manifester leur colère. L'exemple qu'il aimait le plus cité était le profusion des débits de boisson sous la présidence de Biya'a bi Mvondo.
Sous Amadou Ahidjo, les démarches pour obtenir l'autorisation d'ouverture d'un débit de boisson relevait d'une véritable parcours du combattant. Nos pères ajoutaient que même la distance entre deux bars étaient reglémentés et qu'il était en conséquence bien difficile, à leur époque, de trouver des rues, des carrefours ou des avenues de la joie où des bars, des cabarets, des boîtes de nuit ou autres lieux de commerce du plaisir festif et légal se côtoyaient dans une aussi grande proximité qu'aujourd'hui.
Mais avec Biya'a bi Mvondo est arrivé une certaine libéralisation des moeurs. L'espace de liberté accordé, même s'il s'apparente parfois à de la licence et de la luxure, évite au Renouveau l'affermissement de la conscience politique des citoyens. Grâce à une grande déréglémentation du commerce de boissons alcoolisés, les Camerounais peuvent s'offrir facilement une bonne bière bien glacée pour oublier, le temps d'une bonne orgie, les affres de la précarité économique, du chômage, de l'insalubrité de leur habitat et de bien pire encore. Autant que possible, on noie son désarroi librement dans l'alcool. D'autant plus librement que le reliquat de reglémentation sur vente de boissons alcoolisés n'est même pas respecté.
Si l'état de délabrement économique et social vous désespère, vous pouvez toujours vous mettre de baume au coeur en regardant les affriolants programmes des bouquets télé dont vous n'auriez pas pu avoir accès si les lois sur le commerce et la propriété intellectuells étaient rigoureusement appliquées. A ce propos, le groupe Canal+ peut toujours courir: il faudra encore bien longtemps avant que la myriade de câblo-opérateurs indépendants cesser de distribuer en toute impunité certains programmes tv de son bouquet. Puisqu'il faut bien se gaver des films divertissants ou des matchs européens de football télévisés pour oublier le chômage, la misère ou la gabegie du Renouveau, ne comptons donc pas sur ce dernier pour faire respecter rigoureusement la loi.
Quiconque dit que le football est l'opium des Camerounais n'ébauche qu'une cruelle vérité. Pour contribuer à l'étaler dans son entièreté, on doit souligner que Biya'a bi Mvondo use -sans vergogne, je me permets d'ajouter- du succès des Lions Indomptables pour endormir la conscience citoyenne des Camerounais. Si notre équipe nationale de football avait remporté la Coupe d'Afrique des Nations de 2008, il est fort à parier que nous n'aurions pas eu les émeutes de 2008. Les Camerounais au summum de la félicité footbalistique, "fiers d'être Camerounais", n'auraient pas trouver grand choses à redire à la brusque dégradation de la conjoncture économique et à la volonté de Biya'a bi Mvondo de lever un verrou constitutionnel pour se maintenir au pouvoir.
Il faudrait certainement un livre pour décrire les milles et unes astuces dont use le président camerounais, consciemment ou pas, pour rendre ses concitoyens si indolents. On pourra y parler aussi des maisons de passe "ampoules rouges", de nos stars du football qui abdiquent toute conscience citoyenne, du désordre urbain, de la corruption pour ne citer quelques-une des méthodes qu'utilise le Lion d'Etoudi pour acheter la paix civile au Cameroun.  

lundi 2 juillet 2012

Si la CRTV vous était contée

Cameroon Radio & Television
Cameroon Radio & Television (Photo credit: Wikipedia)
Un de mes professeur nous dit un jour qu'il fallait beaucoup de courage pour regarder la CRTV télé, la chaîne de télé publique du Cameroun. Il ne croyait pas si bien dire tant la télé publique, qu'on avait fini par surnommer Canal Mendozé, ne perdait jamais une occasion de mettre en rogne les jeunes télespectateurs dont les familles ne pouvaient pas encore se permettre de s'abonner à la télévision par câble. C'était en 2002 et bien que Gervais Mendozé soit parti il y a cinq ans, la CRTV continue de porter les blessures pulvérilentes de son ère qui dura près de 30 ans.

La génération de Camerounais nés dans les années 90 ne peuvent se souvenir de cette CRTV qui nous régalaient avec des fuilletons et des fictions télé produites localement telles que L'orphelin, L'étoile de Noudi, les Feux de la rampe ou Clin d'oeil. Soyez-en sûres, j'en oublie bien d'autres. Les enfants que nous étions raffolions des dessins animés tels que Colargol, Rahan ou Bugs Bunny.  La fiction traditionnelle du dimanche après-midi nous donnait l'occasion de rejouer les scènes du film, surtout quand il s'agissait d'un film de guerre ou d'un western.


I met an old friend in the film museum of Wars...
I met an old friend in the film museum of Warszawa :-) colargol (Photo credit: Wikipedia)

Bien sûr que tout n'était pas rose. Nous trouvions tellement soporifiques The bear, the tiger and the others -peut-être à cause de la barrière de la langue; Romance, une émission littéraire consacrée à la poésie; Classique, un véritable ovni télévisuel conçu et présenté par Dieudonné Oyono, enseignant et spécialiste en relations internationales, et portant sur la musique classique; un programme sur le jazz qui vous faisait comprendre pourquoi ce nom, en français populaire du Cameroun, servait aussi à désigner une recette de cuisine à base de haricots rouges et de tomates.

Bugs Bunny
Bugs Bunny (Photo credit: Wikipedia)
Les adultes trouvaient matière à se divertir grâce aux sagas françaises, brésiliennes ou américaines tell
es que Cathérine de Montsalvy, Isaura ou Dynastie. A cette liste si loin d'être exhaustive, j'aurais pu ajouter le succès planétaire Dallas, mais je doute for
t qu'un forte proportion d'anglophones camerounais goûttaient à cette série dont les dialogues se tenaient en anglais américain.

Pour s'intruire à propos du code de la route, on pouvait suivre Trafic, l'émission d'Elie Pokam Mopo. Un programme hebdomadaire nous présentait l'air culinaire du pays. Des productions étrangères bien choisies de vulgarisation enrichissaient notre culture économique, scientifique et générale. Si vous vouliez tester l'étendue de votre vocabulaire dans la langue de Mollière, vous aviez le jeu télévisé Cherchez le mot. Les anglophones, plus au fait de la tradition anglo-saxonne des débats académiques, étaient servis avec The Debate. Pour nous tenir informer de l'actualité internationale, la CRTV diffusait des émissions de revue telles que Regard sur le monde et The World this week.

Un seul article de blog offre un espace trop limité pour que je puisse décrire ce que fut la CRTV de la belle époque. Je compte revenir sur le sujet dans d'autres articles. Mais il n'y aura peut-être jamais assez de mots pour faire comprendre le profond dépit d'un télespectateur qui vécut l'avilissement de notre chaîne nationale au point où il lui est presque devenu impossible de la regarder de nouveau. Pis encore, la CRTV version décadente a fait de nombreux enfants zélés comme Canal 2. C'est ce qui me rend encore plus triste.
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