mardi 13 août 2013

Comme quoi, une hirondelle ne fait pas un printemps arabe


C'est à l'occasion de la guerre en Libye que j'ai commencé à bloguer assez régulièrement d'abord sur Facebook puis sur ce blog. Khaddafou était en passe d'écraser l’insurrection et je pourfendais ceux qui, en Afrique, le soutenaient. Depuis lors, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Le Guide (de mes chaussettes) de la Jamahiriya a été renversé et sauvagement lynché à mort. mais le monde arabe est loin d'être devenu bien meilleur. Loin de là. 
Ceux qui me portaient la contradiction auraient bien raison de me chambrer cette fois, car je dois l'avouer: je me suis trompé. Je me suis non seulement sur le cas libyen mais aussi sur les fameux printemps arabes.






mercredi 7 août 2013

L'éveil d'une conscience politique II: Les temps d'ignorance




Dans le précédent billet de blog, j’ai commencé à décrire le contexte et les évènements politiques qui contribuèrent mon éveil politique. Dans les lignes qui suivent, j’explique précisément ce qui me fit radicalement changé de bord.

Ceux de mes lecteurs qui sont nés après 1990 ne sauront peut-être jamais ce que fut le bâillon que les citoyens lambda se mettaient pour ne pas exprimer la moindre opinion dérangeant ou le moindre de fait pouvant passer pour une critique implicite ou explicite du président Biya’a bi Mvondo.

Un jour, dans ma naïveté d’enfant, je demandai à mes frères ainés et à haute voix si celui qui tuerait Biya’a Paul  prendrait automatiquement le pouvoir. C’était après l’assassinat de Thomas Sankara et la prise de pouvoir par Blaise Compaoré au Burkina Faso en 1987.  Pour toute réponse, il me fut vivement recommander de me taire sous peine d’être arrêter. “Arrêté? Mais pour avoir commis quelle faute?” me demandai-je à mon for intérieur.

A l’école, on nous apprenait que Biya’a bi Mvondo Paul Barthélémy était Notre Père de la Nation, et son épouse Biya Jeanne Irène, Notre Mère de la Nation. Afin que nos jeunes têtes puissent le retenir plus facilement, on nous faisait chanter des odes à la gloire du couple présidentiel.

Bien sûr, il n’était point question de l’ex-Père de la Nation, Ahidjo Amadou, dont le nom était à peine évoqué dans les manuels scolaires d’histoire et d’instruction civique. Quand le premier président du Cameroun décéda à Dakar le 30 novembre 1989, la nouvelle ne fut rapportée à la radio que par un bref et laconique communiqué. Pardonnez la tautologie !

Cela dit, il y avait bien quelques têtes brûlés qui osaient perforer le bâillon de la censure. Je pense en particuliers à Lapiro de Mbanga, un musicien très populaire à cette époque-là, surtout chez ceux qui se considéraient comme des laissés-pour-compte. Ce Lapiro avait fait de la prison, avait exercé le métier de “sauveteurs” --camerounisme signifiant en fait des vendeurs à la sauvette, et chantait en camfranglais et en pidgin, 

  Une grande partie de la jeunesse qui subissait les marasmes de la crise économique et du chômage endémique prenait en quelque sorte Lapiro pour son porte-parole. Le chanteur avait créé une mode vestimentaire qui consistait à ne pas boutonner sa chemise --en tissu jean de préférence-- et à relier les deux pans en les nouant. Je me rappelle qu’à cette époque-là, les enfants qui osaient porter leurs chemises à la Lapiro s’exposaient à un sec rappel à l’ordre parental.

Mais ce qui faisait de Lapiro un héros de son temps était le fait qu’il osait critiquer le pouvoir politique “entre les lignes” des textes de ces chansons. Pendant ses concerts, il s’enhardissait bien plus encore. Je le sus sans vraiment m’en rendre compte au cours d’un séjour au village de nos pères.

Mon frère et moi rentrions des champs et fîmes un bon bout de chemin avec deux autres garçons. Ceux-ci parlaient des déclarations pas du tout politiquement correcte de Lapiro lors d’un de ses spectacles et des ennuis qu’il avait eu avec la police peu après. Dans une naïveté infantile que possédaient peu d’autres enfants, je leur posais des questions pour en savoir plus.

Mon frère, qui avait pratiquement le même âge que moi, se tut durant toute la conversation: il était déjà conscient  du fait que ce genre d’échanges pouvait apporter de sérieux embêtements avec les autorités politiques. Il relata la discussion à notre grande sœur qui me réprimanda sévèrement et m’avertit que si je continuais à me mêler à ce genre de conversation, j’allais me faire arrêter. “Arrêté ?! mais pour avoir commis quelle faute ?” me suis-je certainement dit à mon for intérieur.

Comme j’ai déjà eu à la dire dans de précédents billets, il ne fallait surtout pas compter sur l’inénarrable CRTV pour nous parler du côté contestataire politique de Lapiro, ni du bâtonnier Yondo Black et de ses revendications pro-démocratie ni de la déclaration cinglante que le cardinal Christian Tumi fit à l’endroit de régime de Biya’a bi Mvondo à l’occasion d’une interview qu’il accorda au newsmagazine panafricain francophone Jeune Afrique.

En fait, je ferais justice à la CRTV en avouant qu’elle parla bel et bien de Yondo Black et de ses acolytes. Mais à écouter et à voir les reportages, les analyses et les commentaires, on aurait pu croire avoir à faire à une association de malfaiteurs. Leur crime: avoir tenu une réunion en vue de lancer un mouvement politique. Yondo Black et compagnie furent condamnés à de sévères peines d’emprisonnement ferme, mais furent libérés moins d’un an et demi plus tard.

Comme je n’ai cesse de le rappeler, la propagande officielle tournait à plein régime et nous étions de fieffés ignorants, surtout les adolescents que nous étions.   

 

vendredi 2 août 2013

Décidément, la démocratie est un luxe pour beaucoup d'Africains

En février 1990, Jacques Chirac de France avait déclaré que la démocratie était un luxe pour l’Afrique. Je me souviens que mon père a toujours été politiquement un sceptique et regardait d’un critique -trop critique même- les revendications démocratiques avait acquiescé. Mais pratiquement tout ceux avec qui il débattait condamnait les propos de Chirac. A cet époque, je ne m’étais pas encore vraiment forgé une opinion politique.

Devenu plus tard libéral, j’ai condamné à rebours cette déclaration et je m’employais à démontrer les arguments des relativistes qui pensaient que la démocratie est simplement une importation occidentale et qu’elle ne convenait l’homo africanus. Bien que je continue à penser que la démocratie est une belle chose, du moins la plus horrible des systèmes à l’exception des autres, des évènements m’amènent parfois à me demander si Chirac n’avait pas raison.

Les dernières élections au Togo et au Zimbabwe ont été remporté haut la main par ceux qui tenaient déjà les rênes du pouvoir... du moins s’il faut croire sur parole les commissions électorales respectives.


Comme d’habitude, les partis politiques de l’opposition ont crié à la fraude. Comme d’habitude encore, les vainqueurs qui remettaient leurs mandats en jeu sont au pouvoir depuis l’époque de Mathusalem, ils promettent à chaque scrutin le changement et le progrès même s’ils ont nourri le peuple d’immobilisme au mieux et de régression dans maints domaines. Comme quoi, il y a rien de nouveau sous le soleil africain.

Au Togo comme au Zimbabwe, dixit les opposants et bien d’observateurs, les morts ont votés, il y a eu des listes électorales fantômes, des électeurs plus égaux que d’autres qui pouvaient voter plusieurs fois pendant une large partie de leurs concitoyens n’eurent même pas accès au bureau de vote.

Comme il fallait si attendre, les commissions électorales ont été si impartiales qu’elles n’ont trouvé rien à redire au Zimbabwe quand les bulletins de vote du parti au pouvoir ont été imprimé en trop grande quantité et que ceux de l’opposition ont été jeté à la poubelle. Au Togo, la commission a commencé à diffuser des résultats non attesté par des procès verbaux.

Comme il fallait s’y attendre, les observateurs de l’Union Africaine et d’autres institutions régionales ou sous-régionales africaines ont jugé ces élections justes et transparentes... comme quoi, tout -ou presque- s’était passé pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pour mettre un bémol bien placé à leurs rapports, ils ont certainement relevé quelques cas de fraudes et surtout des irrégularités, mais qui ne pouvaient entacher la crédibilité générale des scrutins.

Mais à part les opposants qui ont bu la soupe pour une nouvelle fois et une poigne perpétuels grincheux de mon acabit, les Africains ont gobé ces farces et ont continué dans le train-train quotidien. Qui vous a dit que la démocratie fait bouillir la marmite ou aide à payer le loyer, hein?

Au fond, pourquoi se plaindre? Mugabe et le régime de Faure Gnassingbé sont de beaux spécimens. Le vieux Mugabe, champion de l’anticolonialisme, a fait mordre la poussière aux fermiers Blancs et tenu tête à l’Angleterre et aux Etats-Unis.

Pour ces actes de bravoure, Mugabe a déjà sa place bien au chaud réservé dans le Panthéon des héros africains. Et peu importe que son pays, jadis grenier de l’Afrique australe notamment grâce aux fermiers Blancs, ne soit plus autosuffisant alimentairement. Peu importe qu’avant l’entrée au gouvernement de MDC, principal parti de l’opposition, le Zimbabwe avait complètement sombré sur le plan économique et l’inflation était telle qu’il valait mieux utiliser ses dollars zimbabwéens comme papier hygiénique plutôt qu’en acheter.

Quant à Faure du Togo, je me limiterai juste à dire que c’est un enfumeur hors-compétition qui a réussi le tour de magie de faire oublier qu’il était l’héritier politique direct de Papa Gnassimbé, autocrate devant Dieu et les hommes et premier putschiste de l’histoire politique africaine postcoloniale. Gnassingbé fils me fait Bongo fils du Gabon: les deux bonshommes n’ont pas leurs pareils pour faire faire croire à la jeunesse de leurs pays respectifs qu’ils font ce qu’ils peuvent pour elles.

Cela dit, je crois qu’il y a bel et bien eu fraudes au Zimbabwe et au Togo, je ne suis plus naïf pour jurer la main sur le cœur que les résultats auraient été différents si les scrutins avaient été bien plus irréprochables. Quand j’étais adolescent, je croyais que tout le monde avait le bon sens de voter contre les autocrates, les prévaricateurs des biens publics, ceux qui projetaient d’empêcher les entrepreneurs d’entreprendre ou ceux qui avaient montré à suffisance leur incapacité à gérer.

Mais les victoires d’Obama aux Etats-Unis et de Hollande en France m’ont guéri de mon ingénuité d’antan. Si les Français ont élu comme président quelqu’un qui a plombé de dettes un petit morceau de la France -en l’occurrence le Corrèze, pourquoi les Togolais ne renouvelleraient pas leur confiance à un régime qui fait avancer sur place leur pays?

Si les Américains ont réélu triomphalement un président qui soutient des islamistes au point de ne pas vouloir se confronter aux plus radicaux d’entre eux quand ceux-ci attaquent un consulat et assassinent un ambassadeur, un président qui espionnent des journalistes et utilisent l’administration fiscale pour mettre les bâtons dans les roues de ses adversaires politiques et j’en passe de bien pire, pourquoi les Zimbabwéens ne rééliraient pas Mugabe?

Les Togolais et les Zimbabwéens frustrés de ne pas voir leur choix politique pris en compte voteront avec leurs pieds... du moins pour ceux d’entre eux qui en auront les moyens. Les Togolais iront en Europe, quitte à causer un déséquilibre démographique et économique dans leurs pays d’accueil, à provoquer du rejet de la part des autochtones et ils crieront systématiquement au racisme à chaque manifestations de ce rejet.

Les Zimbabwéens continuerons à inonder l’Afrique du Sud et surtout le petit Botswana qui, pour avoir commis la faute d’avoir eu des dirigeants honnêtes et sincèrement démocrates, devra continuer d’accueillir par solidarité africaine leurs courageux (sic) frères venus profiter de la prospérité économique de ce petit pays. Et peu importe pour à peine plus de 500 000 Botswanais, il y a déjà un million de réfugiés zimbabwéens.