vendredi 28 décembre 2012

Misère bienaimée: de la mentalité de sous-développé

Le week-end passé, j’eus l’occasion de rendre visite à des gens qui me
sont très proches. La maison dans laquelle ces personnes habitent
présente un état de délabrement si avancée au point où j’ai eu honte
de lever les yeux pour voir tout un pan des murs en planche rongés par
le temps, l’humidité et les nuisibles. A maints endroits, la toiture
en tôles ondulées laisse traverser par des trous béants les cordes
pluvieuses de Douala. Les trop nombreuses brèches dans les murs
exposent l’intimité des occupants  de la masure.

L’usage a achevé de détruire les marches en ciment pour accéder aux
seuils avant et arrière. La concession où se trouve cette habitation
ne dispose pas de latrines dignes de ce nom. Il faut avoir le cœur
solide et l’organisme vacciné contre la nausée pour aller faire des
selles dans des endroits que je n’ai pas la force de décrire. Mieux
vaut être constipé. Je vous passe de détails encore plus sordides.
Cette maison, construite il y a plus de 40 ans, n’a jamais connu de
véritables travaux de réfection.

Une photo valant plus de milles mots, vous auriez certainement
préférez que j’en publie une afin que vous puissiez vérifier la
véracité de ma description. Mais, un bon nombre de mes contacts
Facebook sauront facilement de qui et de quoi je parle et ils me
reprocheront légitimement d’exposer à l’humiliation  publique des gens
qui nous sont chères.

Au regard de ce que je viens de vous décrire, je me suis demandé
comment nous pouvions accepter de vivre dans une telle misère? A-t-il
manquer des bras - c’est-à-dire des moyens humains - pour arriver à
cette situation si déplorable? Non. Des moyens financiers? Non, si
plusieurs personnes s’attelaient à conjuguer leurs maigres efforts
respectifs. Quoi alors? J’ai une réponse simple: le consentement et
accommodation à ce type de misère-là.

On en arrive au point où on a plus honte d’être si misérable. Non pas
que la pauvreté matérielle en elle-même doit être vécu dans cette
honte, mais le fait qu’on perde conscience du fait qu’une situation
d’extrême dénuement  a très souvent pour cause la paresse et le déni
de responsabilité.

Au lieu de mobiliser individuellement ou collectivement les modestes
moyens physiques, matériels, financiers et intellectuelles pour
satisfaire nos besoins, on préfère cancaner à longueur de journée
contre les «cupides» et «envahisseurs» Bamilékés ou contre les Blancs
«qui pillent toutes nos richesses». Ou se prélasser dans son lit en
attendant que de nouveaux dirigeants politiques prennent le pouvoir,
créent des emplois en un claquement de doigts avec plus de facilité
qu’il n’en faut pour tracer une courbe sur le sol et entreprennent,
avec l’argent gratuit qui tombera du ciel, de venir restaurer nos
habitations délabrées et nous construire des latrines.

Peut-être attend-t-on que les Blancs fassent ce que les ethnies
guerrières et volontiers hégémoniques de l’Afrique précoloniale n’ont
jamais fait: demander pardon «pour le mal qu’ils nous ont fait» par la
traite négrière, le colonialisme, le néocolonialisme, l’impérialisme,
les plans d’ajustement structurel de Breton Woods, la
mondialisation... Et afin d’obtenir notre miséricorde, qu’ils nous
versent des réparations si substantielles à titre de dommages et
intérêts que cela nous permettra de creuser à la pioche les fosses
d’aisance des latrines.

Les tiers-mondistes ont tout faux dans leurs explications
pseudo-scientifiques des causes du sous-développement des peuples
d’Afrique noire. Comme dirait quelqu’un: «It’s mentality at first,
stupid !» Traduction: «C’est d’abord une question de mentalité, imbécile !» En
effet, la mentalité constitue la raison première de la plus-part des
peuples sous-développés économiquement. Mais cela relève de la culture
et non de la génétique.

Étant né à Bafoussam en pays bamiléké, je m’y rendais souvent pour
établir un extrait de casier judiciaire. Un jour, pour m’occuper un
peu en tendant l’émission de document, je décidais de me promener dans
la ville. Une chose me frappa: tout le monde était en activité. Dans
les quartiers, pas de jeunes qui conféraient oisivement sur le
football ou le salaire de Samuel Eto’o.

A ma grande surprise ravie, je vis aussi deux éoliennes fabriquées
avec des moyens de bord, mais qui fonctionnaient parfaitement. Selon
toute vraisemblance, ces œuvres n’étaient pas une lubie de riche mais
la réalisation d’un esprit entreprenant. Faut-il s’étonner que des
entrepreneurs bamilékés soient parmi les plus dynamiques au Cameroun?
A mon observation, ces Bamilékés de Bafoussam ont bien moins une
mentalité de sous-développé que bien d’autres de mes compatriotes.

Un billet de blog ne me permet que d’effleurer à peine la question des
causes du sous-développement en Afrique.  Aux lecteurs qui comprennent
l’anglais américain, je vous conseille vivement d’approfondir le sujet
en lisant les chroniques de Thomas Sowell sur Townhall.com.  

dimanche 23 décembre 2012

De retour sur la blogosphère !

Voilà bien plus de deux mois et demi que je n'ai plus publié un article de blog. Même pas un micro-billet de 50 mots. Cela n'a pas empêché le monde de tourner et je n’ai pas vraiment manqué à ma poignée de lecteurs. La faute au fait que ne possédant plus d”ordinateur  personnel, il m'était plus difficile de prendre le temps qu’il faut, quand il faut et où il faut pour écrire. D’autant plus que mon boulot harassant me pompait les miettes d’énergie qui me restaient.

English: Khaled Meshaal in a meeting with span...
English: Khaled Meshaal in a meeting with spanish journalists (Photo credit: Wikipedia)
La situation s’est légèrement améliorée puisque je possède désormais un vieux desktop avec écran cathodique (sic) et un disque dure qui bruite comme une horloge pour m’avertir que sa mort clinique n’est plus pour très longtemps. Ayant donc peu de temps à consacrer à l’écriture, je n’ai pas vraiment d’autres choix que d’écrire à la truelle. Ce billet  n’est qu’un avant-goût et je vous avertis que ça va s’empirer... Durant mon silence bloguesque, plein d'évènements se sont donc produits.

Commençons par les USA qui ont réélu un président incompétent de haut vol, hyper-narcissique et volontiers arrogant, mais qui possède le génie rare d’enfumer son monde par une belle rhétorique. Je veux parler d’Obama of course. Incapable de mener une véritable politique économique qui aurait contribué à faire revenir son pays à l’ère du plein emploi, il a remué ciel et terre, boue et poubelle pour salir son adversaire républicain. La fin obamesque justifiant les moyens obamaniaques, le type a parfaitement réussi son coup. L’Amérique tombe et Obama agit pour qu’il en soit ainsi parce qu’en son for intérieur, il estime que le monde sera bien meilleur sans interventionnisme et le leadership américain.


Les populations du Nord du Mali apprécient certainement avec joie ce monde post-américain. De même que les islamistes, djihadistes et autres fous d’Allah à qui huit bons mois ont été laissés pour bâtir un nouvel Afghanistan. Les voleurs amputés d’une main, les coupables d'adultère lapidés, les femmes forcés de porter le voile islamique après peut-être avoir eu l’honneur de subir des viols islamiques, le patrimoine culturel inestimable de Tombouctou... Tout ce beau monde, et j’en ai laissé bien d’autres d’autres, faute d’espace, plébiscitent l’ère post-américain d’Obama.
120306 Protestors rally for united Libya | مسي...
120306 Protestors rally for united Libya | مسيرة من أجل ليبيا موحدة | Rassemblement de manifestants pour une Libye unie (Photo credit: Magharebia)

En Egypte, en Tunisie, en Libye et dans une moindre mesure au Maroc, les islamistes récoltent allègrement les fruits des fameux et désormais fumeux printemps arabes. A ce sujet-là, je fais mon mea-culpa d’avoir cru dans une pitoyable naïveté à la déferlante d’une vague démocratique et libérale sur le monde arabe... comme si le fait de s’opposer à un dictateur faisait forcément de soi un démocrate.

Les Frères Musulmans d’Egypte, forts du soutien incontestable d’une majorité de la population, mènent, lentement mais sûrement et avec un sens affiné de la tactique politique,leur projet de restauration du Grand Califat. En Libye, des membres d’Al Qaida peuvent bien torturer, sodomiser copieusement, puis tuer un ambassadeur américain sans crainte puisque le président américain pourra accuser des auteurs obscurs d’une médiocre vidéo islamophobe d’être responsables d’émeutes antiaméricaines dans le monde arabo-musulman.


Comme il est du devoir de tout gouvernement responsables, les autorités israéliennes ont finir par réagir proportionnellement aux bordées de roquettes, obus de mortiers et même de missiles envoyées par le Hamas et le Jihad Islamique depuis la bande de Gaza pourtant complètement évacuée par Israël. Et parler de bordée n’est pas exagérer puisque l’Etat hébreu recevaient une moyenne de 100 projectiles par mois!

English: Hamas day care center
English: Hamas day care center (Photo credit: Wikipedia)
Et quand Israël décide de riposter, les beaux esprits se réveillent pour parler de réaction disproportionnée de Tsahal et nous exposent impudemment les images des victimes civiles gazaouites, surtout femmes et enfants pour être sûr de l’effet psychologique. Bien sûr, il ne leur vient pas à l’esprit de reprocher au Hamas et co de placer leurs rampes de lancement au sein des infrastructures civiles et des zones densément peuplées.

Pour ce qui est du Cameroun, je n’ai rien à dire puisqu’il ne s’y est rien rien passé. Ah si, j’oubliais: les Lions Indomptables ont été éliminés malgré le retour de Super Samuel Eto’o !!! En janvier, nous nous n’aurons plus droit aux débordements de chauvinisme et on se passera bien de cet opium du peuple camerounais. On ne nous servira plus des platitudes du genre: «Les Lions Indomptables sont un exemple d’unité nationale».


Pour conclure, je remercie EAS Sonel, notre compagnie nationale d’électricité, qui a interrompu quatre fois, par ses coupures intempestives d’électricité, la rédaction de ce billet à la truelle.   
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samedi 6 octobre 2012

COMMENT LES UNIVERSITES FABRIQUENT DES CITOYENS INUTILES


Une bonne partie de ceux qui liront cet article se diront certainement : « Quel prétentieux celui-là ! Mais pour qui se prend-t-il pour faire la leçon aux autres? Qu’est-ce qu’il a réalisé de remarquable pour se permettre de critiquer les autres ?» Je leur donne raison. Mais comme je tiens à utiliser l’Internet comme espace de libre expression ; qu’ils veuillent bien supporter ma condescendance.

A l’époque où j’étais étudiant à l’université d’Etat de Douala, je discutais avec deux autres étudiants de notre mini cité. L’un d’eux, inscrit en Faculté des Sciences, nous fit part du projet d’édition d’un journal universitaire dont il était porteur. Il nous demanda humblement de lui proposer des thèmes que pouvait traiter la publication. Comme il peinait à trouver les idées, nous lui demandâmes quelles rubriques devait contenir le journal. Grande fut ma surprise quand il nous répondit en parlant des rubriques consacrées aux faits divers, à l’humour, aux questions de société ou à la vie au campus. Et moi qui croyais naïvement qu’une publication réalisée par des étudiants d’une faculté de sciences devrait d’abord et surtout traiter des questions de sciences ! Comme quoi, une faculté de sciences d’un pays en voie de développement qui publie une revue scientifique de vulgarisation… il faut aller en Amérique du Sud pour voir ça !

Ceux de mes compatriotes ou tout simplement ceux qui vivent dans une ville camerounaise abritant une université d’Etat, peuvent constater de leurs propres yeux la scène édifiante d’étudiants rédigeant religieusement, dans un calme olympien, les notes de cours dictées par l’enseignant. A vrai dire, parler de notes de cours est un abus de langage puisque le professeur lit studieusement de larges portions d’un ouvrage académique. Le corollaire immédiat est que la « dictée magistrale » tient en lieu et place du cours magistral normalement prévu dans ces universités. C’est avec une tristesse teintée d’un sentiment de révolte que je voyais par exemples des étudiants en Droit incapables de réaliser en temps réel une synthèse de ce que déclamait l’enseignant, se contentant paresseusement de recopier  à la virgule près !

Ces étudiants avaient certainement des têtes bien pleines pour valider des unités d’enseignement, mais auraient certainement été peu capables de brosser à l’attention d’un public de néophytes, un tableau concis du fonctionnement de l’appareil judiciaire camerounais. On pourrait en dire autant d’un étudiant en économie qui livrera une excellente définition de l’utilité marginale, mais ne pourra vous exposer avec virtuosité une chronologie de la longue période de récession économique qu’a connu le Cameroun.

Peut-on, au regard de ce qui précède, conclure que ceux qui fréquentent les universités camerounaises y acquièrent, il est vrai avec beaucoup de zèle et sans esprit critique, une connaissance inutile ? La jeunesse, a-t-on coutume de dire, est le fer de lance de la nation. Pour ce qui est de la jeunesse estudiantine, on constate aisément que ce fer est fortement émoussé !

C’EST LA FAUTE À LA FRANCE !


En 2012, quand deux tiers du territoire malien est tombé entre les mains d’une coalition armée d’indépendantistes Touareg et des islamistes plus ou moins liés à Al Qaida, je fus surpris de voir sur le fil d’actualité de mon mur Facebook une publication d’un certain « ami » accusant l’ancien Président français nicolas sarkozy d’avoir tout orchestré pour déstabiliser le Mali. Cette accusation était si grotesque que je ne pris même pas la peine de suivre le lien de l’article sensé l’étayer. Peut-être j’eus tort et que cet article m’aurait révélé que la France voulait faire main basse sur les formidables richesses naturelles du Mali. Comme les sables du Sahel, des gisements de sables bitumeux ou de gaz de schiste qui ne seront découverts que dans 20 ans.

Ce n’était pas la première fois pour moi d’entendre qu’on mette tous nos malheurs (ou presque) au passif de la France. Déjà en 1987, je me souviens que la mort de thomas sankara était mise au crédit du pays que présidait alors François Mitterrand. Peu importait que les enquêtes menées par des médias de référence tels que le magasine Jeune Afrique, n’aient établis ni des rapports d’intelligence, ni des rapports de complicité entre Paris et le camp blaise compaore. La croyance en la culpabilité universelle (ou presque) de la nation de « nos ancêtres les Gaullois » relevait plus de l’idéologie que de fait.

Cette idéologie qui se nourrissait à la manière du tiers-mondiste satisfaisait amplement la paresse et l’inculture intellectuelle. Point n’était besoin d’avoir étudié l’Economie de fond en comble pour s’expliquer le pourquoi de notre retard économique. Même les enfants que nous étions à cette époque là savions la raison pour laquelle la flotte de la défunte SOTUC (Société des Transports Urbains du Cameroun) n’était pas constituée de bus flambants neufs et haut de gamme : les bus flambants neufs que la République Fédérale d’Allemagne nous offrait étaient récupérés par la France qui, nous envoyait de vielles Renault en retour.

En 1990, quand le gouvernement algérien mit fin au processus électoral qui tournait à l’avantage écrasant du FIS (Front Islamique du Salut), mon père attribua cette décision au soutien et à l’entregent que la France accordait à un pouvoir nationaliste issu d’un mouvement de libération qui chassa pourtant la France de l’Algérie 30 ans plus tôt. Mon père et ceux de sa génération étaient aussi persuadés de l’existence d’accords secrets entre la métropole française et ses anciennes colonies d’Afrique, même s’ils n’étaient pas capables de vous dire quand et où ces accords avaient été signés, ni de vous en citer en substance quelques clauses. Comme quoi, l’idéologie anti-française qui inspirait autant bon nombre de légendes urbaines pour enfants que des fables conspirationnistes pour adultes.

Nous sommes aujourd’hui en 2012 et l’idéologie anti-française a plus que jamais le vent en poupe. Surtout après le rôle prépondérant qu’a joué la France pour renverser la dictature de khadaffOU en Libye et contraindre manu militari gbagbo, qui refusait de reconnaître sa défaite électorale, à lâcher les rênes du pouvoir en Côte d’Ivoire. Il nous sera donc toujours plus facile de clamer « C’est la faute de la France !» que de nous épuiser à considérer notre propre responsabilité dans le marasme que nous vivons.

jeudi 6 septembre 2012

Inflation: l'apocalypse n'a pas (encore) eu lieu

Dans la première semaine du mois d'août, j'ai eu l'agréable surprise de me procurer une bouteille de gaz domestique de 15 kg à 6000 frs CFA. Le gouvernement s'était donc abstenu d'augmenter les prix des hydrocarbures. Avant la date fatidique du 1er août, certaines rumeurs folles circulaient. J'avais entendu dire par exemple dire que 15 kg de gaz domestique se vendraient désormais à 10500 frs ! Ce qui, comme moi, ont cessé depuis fort longtemps d'écouter ou de regarder la radio ou la télévision publique, gobèrent avec scepticisme ou non ce genre de rumeurs.

Il faut avouer qu'une grande proportion d'anti-Biyas, dont je fais partie, mus par je ne sais quel mauvais esprit, espéraient que le gouvernement procéderait à cette augmentation des prix des hydrocarbures juste pour que la colère sociale dégénère en un nouveau Février 2008. En effet, il n’est pas besoin d’avoir étudié l’économie à l’université pour prévoir une inflation généralisée. A moins peut-être d’être membre du gouvernement pour croire que les véhicules automobiles, qui transportent les passagers et les denrées alimentaires de première nécessité, utilisent de l’eau comme carburant.       
Mais avouons pour une fois que notre gouvernement a pressenti qu’il allait creuser sa propre tombe. Lâchement, il a fait pression, aux cours de longues négociations, sur les transporteurs afin ceux-ci ne répercutent cette hausse sur leurs tarifs. Ayant radicalement tourné le dos aux médias publics, je n’ai pas écouté la propagande gouvernementale qui visait à vendre les Grandes Réalisations au coût de de la hausse des prix.

On a parlé de la nécessité de mobiliser 400 milliards pour financer les projets structurants (sic), d’une politique de soutien de prix que l’Etat ne peut plus se permettre, d’un subvention qui profitait surtout aux propriétaires de véhicules haut de gamme genre Mercedes. Disons le tout de suite: ces arguments de propagande sont d’énormes foutaises ! Passons sur le fait que le Renouveau ait attendu 24 années pour élaborer des Grandes Ambitions en matière d’infrastructure, puis ait eu besoin de sept nouvelles années pour pour peaufiner ses ambitions afin soit question plus tard de Grandes Réalisations.  

L’Etat RDPC dit qu’il ne peut plus se permettre le luxe d’une telle subvention. Il oublie que c’est avec l’argent du contribuable que les prix sont soutenus. Le gouvernement prétend qu’il compte ainsi engranger 400 milliards. Mais sa pitoyable incompétence l’empêche de prévoir une brutale contraction de l’activité économique qui provoqueront immanquablement une forte baisse des recettes fiscales, notamment celles liées aux hydrocarbures. Je ne parle même pas de la contrebande ou de la contrefaçon...

Dans un élan naturel de couardise, le gouvernement a mis en avant les recommandations d’un fonctionnaire du FMI. Comme pour dire: “Si nous prenons une telle mesure, c’est la faute à Breton Woods!” Si ce Breton Woods avait fermement recommandé d’organiser des élections transparentes, on aurait parlé d’ingérence.

L’Etat a reculé mais qu’est-ce qui nous assure qu’il ne l’a pas fait pour mieux sauter ? Vaille que vaille, les grands chantiers devront être financés et ne comptons pas trop sur le Renouveau pour dégager des ressources en luttant efficacement contre la gabegie, la corruption et la prévarication des biens publics. Quand le gouvernail du pouvoir est tenu par un capitaine illégitime et incompétent, ne nous étonnons pas que le navire navigue à vue.  
  

lundi 30 juillet 2012

Espèce de Bamiléké !

Il y a quelques semaines, Monseigneur Tonye Bakot, évèque de Yaoundé, a fait la une des médias camerounais après qu'une de ses correspondances est filtré dans la presse. Dans sa missive, l'évêque s'étonnait de la sur-représentation des Bamilékés dans les effectifs des étudiants et des enseignants de l'UCAC (Université Catholique d'Afrique Centrale) et demandait que des mesures soient prises pour remédier à cette situation.

Si le tollé que cette affaire a provoqué a mis à découvert le tropisme tribaliste de ce clerc catholique, j'en étais peu étonné puisque ce prélat appartient à cette génération d'âge de Camerounais qui ne peuvent s'empêcher d'analyser un état de fait en usant du filtre ethnique.   

Dans mon enfance, traiter quelqu'un de Bamiléké relevait de l'insulte. Dans ma famille élargie, les préjugés anti-bamiléké avaient la peau dure. On reprochait aux membres de ce groupe ethnique d'être des envahisseurs, des gens cupides et profiteurs, des personnes à l'hygiène personnelle et domestique douteuse, des entrepreneurs sans scrupules au point de recourir systématiquement à la sorcellerie pour s'enrichir.

Pour légitimer leurs sempiternelles moqueries, nos parents (1) nous enseignaient à considérer l'histoire du Cameroun à travers le filtre des maquisards de l'ALC (Armée de Libération du Cameroun, branche armée de l'UPC dans les années 60)  qui semaient la terreur dans les pays bamiléké, bassa et banen.

Nos parents nous disaient que ces maquisards étaient essentiellement des Bassa et de Bamiléké. Mais pour expliquer le fait que les Bassa trouvaient plutôt grâce à leurs yeux, ils contaient une délicieuse fable sortie de leurs esprits fertiles: les Bassa, profondément nationalistes,  s'étaient naïvement faits avoir par les Bamiléké qui pillaient leurs victimes pour s'enrichir.

Vers la fin des années 2000, de nombreux Bamilékés habitant la ville de Ndikinimeki dans le département du Mbam-et-Enoubou avaient vu leurs biens détruits ou pillés par des Banen ,originaires de la région, qui voyaient d'un très mauvais oeil leur dynamisme démographique. En termes plus simples, ils avaient le sentiment de se sentir envahir et déposséder de leurs terres ancestrales par les gens de l'Ouest.

Ce qui me chagrina le plus dans cette affaire était que les autorités politiques se faisaient complice de ce genre d'exaction. L'une de mes lointaines tantes, à l'époque conseillère municipale de Ndikiniméki, en racontant ces évènements à mes parents traitaient les Bamiléké de cette ville, de Katangais et dévoilait l'intention de l'élite banen - peut-être seulement une partie d'elle- de les refouler.

Soit dit en passant, cette tante était une fervente militante du RDPC, parti de l'unité nationale, de la paix, du rassemblement, de l'intégration nationale et autres fables bon à gober pour les naïfs.

Cela dit, le mépris du Bamiléké se mêlait à une admiration voilée. Nos parents, soit pour nous encourager soit pour nous humilier, se plaisaient à prendre pour exemple la pugnacité, la frugalité et l'esprit d'entreprise des enfants Bamilékés. Il faut dire qu'eux même s'abstenait de copier le bon exemple des parents de ces enfants.

Tout cela m’amena à penser que le tribalisme anti-bamiléké trouvait surtout -mais pas seulement- sa source profonde dans le refus d'admettre que cette ethnie, au regard de son dynamisme économique et socio-culturel, était bien supérieure (sic) à la plupart des tribus que compte le Cameroun.  Comme quoi, le ressentiment envers l'autre est très souvent une question d'envie et de jalousie.

  (1) Par parents, j'entends toute personne de la génération de mes parents.    

vendredi 20 juillet 2012

Comment l'école du Cameroun fabrique des illettrés

En classe de sil (section d'initiation à la lecture), j'avais une institutrice, Mme Etémé, qui n'y allait pas avec le dos de la cueillière pour nous faire assimiler les leçons de lecture. Le caoutchouc -en fait, une courroie blindée ou non de moulin électrique à écraser- cinglait sur la paume de main ou sur le dos de l'élève qui ne parvenait pas à reprendre les fameux: "p-a-pa, pi-pi, papa fume la pipe." Quand l'élève fouetté, ne supportant plus l'atroce douleur, refusait d'obtempérer à l'ordre de présenter la partie du corps par lequel le châtiment corporel lui était administré, notre institutrice entrait dans une rage folle et frappait à l'aveuglette sur toutes les parties du corps. Elle avait peut-être l'excuse (sic) d'être éthylique. 

Avant la fin la fin de cette année scolaire-là, je pus percer les secrets et les joies de la lecture non pas grâce au fouet, mais plutôt à la méthode d'enseignement utilisée: la méthode syllabique ou encore la méthode  Boscher comme disent les professionnels. J'eus "la chance" comme beaucoup d'autres enfants de ma génération -je ne parle même pas de celles de nos parents- de bénéficier de cette approche pédagogique qui relevait simplement du bon sens. Et ce bon sens, notre mère l'avait où elle comprit très vite l'intérêt de cette méthode et nous l'appliquait à la maison. Soit dit en passant, elle n'avait que le certificat d'étude primaire comme diplôme le plus élevé. 

Mais je suis poussé à croire que nos institutions éducatives n'appliquaient la méthode Boscher que par mimétisme puis qu'elles adoptèrent plus tard la méthode globale, fruit des esprits fertiles français qui s'attelaient depuis mai 68 à défaire l'héritage culturelle, sociale et éducatif de leur propre pays et civilisation. C'est ainsi que l'apprentissage de la lecture au Cameroun devint une victime collatérale et indirecte des soixante-huitards français. A force d'avaler sans esprit critique, nous avions d'abord pris du bon puis l'avions remplacé par le mauvais venant de la France.

Le résultat fut bien tangible sur le benjamin de notre fatrie. Probablement handicapé par le syndrome d'Asperger, il ne ne comprenait rien aux leçons de lecture que lui prodiguaient des instituteurs à qui les inspections pédagogiques demandaient d'appliquer des méthodes d'apprentis sorciers. Il accusait alors un inquiétant retard scolaire. Il fallut que l'un d'entre nous, ses frères, eu l'intuition de revenir à la méthode syllabique et tout d'un coup, notre frère comprit les mécanismes basiques de la lecture. 

On pourrait relever que les problèmes de notre frère trouvait plus sa source dans le handicap que j'ai évoqué plus haut. Qu'il me soit permis de dire que s'il ne s'agissait que de notre frère, il n'y aurait peut-être pas matière à écrire un billet. Mais force est de constater que si les statistiques disent que la population camerounaise est alphabétisée à plus de 65%, une observation empirique me permet d'avancer qu'une enquête du genre test PISA révélerait un taux d'illettrisme ahurissant dans notre pays.   

Pour expliquer notre faible pratique de la lecture, on évoque trop complaisement l'accès difficile aux livres à cause de la précarité économique. Et pourtant, les libraires du "poteau" démentent en grande partie cette justification en proposant des livres de bonnes qualité -question contenu bien sûr- à des prix modiques. Reconnaissons-le, la pluspart d'entre nous ne lisons parce que cette exercice nous est trop diffile. L'école ne nous ayant pas formé pour cela comme il fallait dès notre prime enfance, nous préferrons de loin regarder la télévision, ce qui est bien moins exigeant intellectuellement.   

lundi 16 juillet 2012

Pourquoi ai-je tendance (à tort) de délaisser l'actualité camerounaise

Ceux qui me font régulièrement l'honneur de lire mes billets auront certainement fait le constat que je traite peu de l'actualité du Cameroun bien que je sois citoyen et que je vive dans ce pays. Ils pourraient m'en faire le reproche. J'y réponds tout de suite en leur donnant raison sans embages. Mais qu'il me soit permis d'y donner quelques explications afin d'obtenir d'être jugé moins sévèrement.  

J'ai toujours préféré ne traiter que des sujets qui me pasionnent et dont j'ai une certaine maîtrise. Ce fut le cas à propos des sujets politiques, économiques, sociétaux (sic), éducatifs -et autres- il y a bien longtemps quand je ne savais pas encore user d'internet pour diffuser mes idées. Je dévorais les journaux, j'écoutais un grand nombre d'émissions radio ou télé pour me tenir informé. Au lycée, j'étais capable de tenir la dragée à un grand nombre de contradicteurs dans des débats portant sur un large panel de sujets.

Mais voilà, la politique camerounaise a fini de me désespérer! Non pas parce que beaucoup des opposants d'hier comme Issa Tchiroma sont allés patauger dans la mangeoire, mais parce que j'ai fini par comprendre que la plupart de nos hommes politiques -je veux bien sûr parler de ceux de l'opposition- sont loin d'être des démocrates dans l'âme. Ils manifestent leur tropisme autocratique non seulemnt en gelant l'alternance au sein de leur propre formation, mais en prenant position en faveur des dictateurs d'autres contrées.

Qui pis est, peu -sinon aucun d'entre eux- ne semblent en mesurent de mener une politique économique courageuse. Du fait de leur formation academique et de leurs (mé)connaissances économiques, ils sont tous keynesiens et contre les douleureux mais salutaires programmes d'ajustement structurels pratiqués sur les conseils -en fait, les injonctions- des institutions de Brettons Woods. Pour gagner l'assentiment populaire, ils préfèrent user de démagogie pour plaire au peuple. Ne comptez surtout pas sur eux pour faire oeuvre de pédagogie économique.

Pour affiner le tableau de la déliquescence de la scène politique camerounaise, je ne peux m'empêcher de déplorer l'absence totale de laboratoires d'idées, des sortes de think tank, qui puissent fournir de matière semi-finis à nos hommes politiques. Qu'on ne me parle surtout pas de ces gouailleurs qui écument les plateaux télé pour qu'on puisse bien admirer leur tronche -sinon pourquoi les entend-on si peu à la radio?- , qu'on qualifie trop indulgemment d'experts, mais qui ne produisent ni livres ni articles de presse ni blogs.

Alors pouquoi m'intéresser aux Marafa, Nitcheu, Fru Ndi et autres ? Je l'admets, j'ai eu tord de plus écrire sur l'Occident que sur mon pays. Mais ayez un peu d'indulgence à mon égard...              

Obama le Mahdi plus fort qu'un prestigitateur

S'il y a une personnalité politique que je ne supporte pas de voir même en photo, il s'agit du président américain Barack Obama. Comme beaucoup de Négro-africains, j'aurai pu être heureux il y a quatre ans quand Obama accéda à la présidence de la première puissance mondiale. Mais voilà, le lien de "sang" pesait bien moins que le lien d'esprit que crée une communauté de valeurs. La faute peut-être à une forte imprégnation d'idéaux judéo-chrétiens.

J'aimais l'Amérique d'avant Obama, son dynamisme qui n'avait de cesse de m'émerveiller, son prosylétisme pour les libertés et la démocratie. Bien que vivant loin de cette Amérique-là et ayant renoncé définitivement de tenter d'y émigrer, je vivais le Rêve américain. J'entendais des propos et je lisais des écrits sur le cauchemar américain, mais je savais bien que ces gens-là qui disaient et écrivaient ces choses-là étaient les même, ou les héritiers idéologiques de ceux, qui  considéraient que l'URSS ou Cuba étaient des paradis, du moins qu'ils étaient moins infernals que l'Amérique.

Et puis on n'a commencé à parler d'un jeune politicien promoteur à qui on promettait un grand destin. Et puis, petit à petit, les foules américaines, européennes et africaines furent gagnées par une sorte d'hypnose que jusqu'à présent, je n'arrive pas à m'expliquer. Les contempteurs d'Obama minoritaires parlèrent d'obamalâtrie. Obama devint l'objet d'un culte païen. Il parlait d'espoir, de changement, d'unité et autres nullités oratoires. Mais le monde entier trouvait cela formidable.

Pour résoudre la crise dans son pays, il préconisait des mesures keynesiennes qui avaient échoué à résorber la crise économique de 1929 et avait conduite à la stagflation - c'est-à-dire chômage+inflation soit cul-de-sac économique- des années 70. Il prétendait que le marasme économique de son pays était le résultat des politiques de dérégulation reaganienne et poursuivies dans une moindre mesure par W. Bush. A ma grande surprise et mon profond désaroi, les Américains approuvèrent le diagnostic d'un médecin sans qualification ni diplôme.

Ces Américains oublièrent que c'est sous Reagan qu'ils connurent leur plus longue période de prospérité économique -depuis la guerre de Sécession- et que l'ancien président sut résoudre en un temps record deux crises économomico-financières (1982 et 1987) au moins aussi grave que celles de 2008.

Au regard des sondages, je ne serai nullement surpris de voir Obama remporté les élections de 2004. Il aura alors quatre ans de plus pour achever de ruiner les Etats-Unis. Mais je suis convaincu que les Américains finiront par se rendre compte de la dangerosité d'Obama et du progressisme américain. Après les deux mandats d'Obama, les progressistes seront renvoyés à la marge et le parti démocrate fera son aggiornamento pour se débarrasser de l'héritage Obama. Un mandat pourra suffir alors à ressusciter le rêve américain.

Mais, c'est le plan international que l'irréparable sera commis. L'Iran aura sa bombe nuclaire, l'islam radical ira de victoire en victoire,surtout en Afrique. Le fondement démocratique des états sud-américains continueront d'être ébranlés par des régimes qui gratifient perpétuellement Washington d'un bras d'honneur. Je ne fais pas le prophète de mauvaises augures et je souhaite que ces projections ne réalisent pas. Mais je préfère m'attendre au pire quitte à me réjouir après coup de sa non advenue.

Je n'aurais certainement par écrit ce billet aujourd'hui si je n'avais pas vu sur Facebook l'annonce publicitaire d'un certain Global Movement for Change & Change & Colourful   qui dit être un fruit de la Generation Obama et se donne, entre autres, pour mission de former des nouveaux leaders pour insuffler du changement, rendre notre monde meilleur et blablabla. Au regard de cette initiative loufoque, je me dis que cet Obama se prend vraiment pour un Messi ou plus exactement un Mahdi.


   

mardi 3 juillet 2012

Comment Biya'a bi Mvondo achète la paix civile

En matière de politique intérieure camerounaise, je classerai notre père dans le camp des conservateurs cyniques qui trouvent matière à critiquer les changements démocratiques et les revendications populaires à plus de libertés politiques et civiques. Et pourtant, il n'a jamais été un partisan du Renouveau et c'est avec difficulté qu'on peut le ranger dans les rangs des sympathisants de Biya'a bi Mvondo et de son régime. La position politique et intellectuelle de notre père lui donnait donc souvent une lucidité assez rare pour analyser les actions du président camerounais.
Pour expliquer le laisser-aller qui a cour dans la société camerounaise, il disait que Biya'a bi Mvondo ménageait ainsi des   soupapes de sûreté pour éviter que les frustrations des populations atteignent un point où celles-ci se trouvent contraintes de descendre dans la rue pour manifester leur colère. L'exemple qu'il aimait le plus cité était le profusion des débits de boisson sous la présidence de Biya'a bi Mvondo.
Sous Amadou Ahidjo, les démarches pour obtenir l'autorisation d'ouverture d'un débit de boisson relevait d'une véritable parcours du combattant. Nos pères ajoutaient que même la distance entre deux bars étaient reglémentés et qu'il était en conséquence bien difficile, à leur époque, de trouver des rues, des carrefours ou des avenues de la joie où des bars, des cabarets, des boîtes de nuit ou autres lieux de commerce du plaisir festif et légal se côtoyaient dans une aussi grande proximité qu'aujourd'hui.
Mais avec Biya'a bi Mvondo est arrivé une certaine libéralisation des moeurs. L'espace de liberté accordé, même s'il s'apparente parfois à de la licence et de la luxure, évite au Renouveau l'affermissement de la conscience politique des citoyens. Grâce à une grande déréglémentation du commerce de boissons alcoolisés, les Camerounais peuvent s'offrir facilement une bonne bière bien glacée pour oublier, le temps d'une bonne orgie, les affres de la précarité économique, du chômage, de l'insalubrité de leur habitat et de bien pire encore. Autant que possible, on noie son désarroi librement dans l'alcool. D'autant plus librement que le reliquat de reglémentation sur vente de boissons alcoolisés n'est même pas respecté.
Si l'état de délabrement économique et social vous désespère, vous pouvez toujours vous mettre de baume au coeur en regardant les affriolants programmes des bouquets télé dont vous n'auriez pas pu avoir accès si les lois sur le commerce et la propriété intellectuells étaient rigoureusement appliquées. A ce propos, le groupe Canal+ peut toujours courir: il faudra encore bien longtemps avant que la myriade de câblo-opérateurs indépendants cesser de distribuer en toute impunité certains programmes tv de son bouquet. Puisqu'il faut bien se gaver des films divertissants ou des matchs européens de football télévisés pour oublier le chômage, la misère ou la gabegie du Renouveau, ne comptons donc pas sur ce dernier pour faire respecter rigoureusement la loi.
Quiconque dit que le football est l'opium des Camerounais n'ébauche qu'une cruelle vérité. Pour contribuer à l'étaler dans son entièreté, on doit souligner que Biya'a bi Mvondo use -sans vergogne, je me permets d'ajouter- du succès des Lions Indomptables pour endormir la conscience citoyenne des Camerounais. Si notre équipe nationale de football avait remporté la Coupe d'Afrique des Nations de 2008, il est fort à parier que nous n'aurions pas eu les émeutes de 2008. Les Camerounais au summum de la félicité footbalistique, "fiers d'être Camerounais", n'auraient pas trouver grand choses à redire à la brusque dégradation de la conjoncture économique et à la volonté de Biya'a bi Mvondo de lever un verrou constitutionnel pour se maintenir au pouvoir.
Il faudrait certainement un livre pour décrire les milles et unes astuces dont use le président camerounais, consciemment ou pas, pour rendre ses concitoyens si indolents. On pourra y parler aussi des maisons de passe "ampoules rouges", de nos stars du football qui abdiquent toute conscience citoyenne, du désordre urbain, de la corruption pour ne citer quelques-une des méthodes qu'utilise le Lion d'Etoudi pour acheter la paix civile au Cameroun.  

lundi 2 juillet 2012

Si la CRTV vous était contée

Cameroon Radio & Television
Cameroon Radio & Television (Photo credit: Wikipedia)
Un de mes professeur nous dit un jour qu'il fallait beaucoup de courage pour regarder la CRTV télé, la chaîne de télé publique du Cameroun. Il ne croyait pas si bien dire tant la télé publique, qu'on avait fini par surnommer Canal Mendozé, ne perdait jamais une occasion de mettre en rogne les jeunes télespectateurs dont les familles ne pouvaient pas encore se permettre de s'abonner à la télévision par câble. C'était en 2002 et bien que Gervais Mendozé soit parti il y a cinq ans, la CRTV continue de porter les blessures pulvérilentes de son ère qui dura près de 30 ans.

La génération de Camerounais nés dans les années 90 ne peuvent se souvenir de cette CRTV qui nous régalaient avec des fuilletons et des fictions télé produites localement telles que L'orphelin, L'étoile de Noudi, les Feux de la rampe ou Clin d'oeil. Soyez-en sûres, j'en oublie bien d'autres. Les enfants que nous étions raffolions des dessins animés tels que Colargol, Rahan ou Bugs Bunny.  La fiction traditionnelle du dimanche après-midi nous donnait l'occasion de rejouer les scènes du film, surtout quand il s'agissait d'un film de guerre ou d'un western.


I met an old friend in the film museum of Wars...
I met an old friend in the film museum of Warszawa :-) colargol (Photo credit: Wikipedia)

Bien sûr que tout n'était pas rose. Nous trouvions tellement soporifiques The bear, the tiger and the others -peut-être à cause de la barrière de la langue; Romance, une émission littéraire consacrée à la poésie; Classique, un véritable ovni télévisuel conçu et présenté par Dieudonné Oyono, enseignant et spécialiste en relations internationales, et portant sur la musique classique; un programme sur le jazz qui vous faisait comprendre pourquoi ce nom, en français populaire du Cameroun, servait aussi à désigner une recette de cuisine à base de haricots rouges et de tomates.

Bugs Bunny
Bugs Bunny (Photo credit: Wikipedia)
Les adultes trouvaient matière à se divertir grâce aux sagas françaises, brésiliennes ou américaines tell
es que Cathérine de Montsalvy, Isaura ou Dynastie. A cette liste si loin d'être exhaustive, j'aurais pu ajouter le succès planétaire Dallas, mais je doute for
t qu'un forte proportion d'anglophones camerounais goûttaient à cette série dont les dialogues se tenaient en anglais américain.

Pour s'intruire à propos du code de la route, on pouvait suivre Trafic, l'émission d'Elie Pokam Mopo. Un programme hebdomadaire nous présentait l'air culinaire du pays. Des productions étrangères bien choisies de vulgarisation enrichissaient notre culture économique, scientifique et générale. Si vous vouliez tester l'étendue de votre vocabulaire dans la langue de Mollière, vous aviez le jeu télévisé Cherchez le mot. Les anglophones, plus au fait de la tradition anglo-saxonne des débats académiques, étaient servis avec The Debate. Pour nous tenir informer de l'actualité internationale, la CRTV diffusait des émissions de revue telles que Regard sur le monde et The World this week.

Un seul article de blog offre un espace trop limité pour que je puisse décrire ce que fut la CRTV de la belle époque. Je compte revenir sur le sujet dans d'autres articles. Mais il n'y aura peut-être jamais assez de mots pour faire comprendre le profond dépit d'un télespectateur qui vécut l'avilissement de notre chaîne nationale au point où il lui est presque devenu impossible de la regarder de nouveau. Pis encore, la CRTV version décadente a fait de nombreux enfants zélés comme Canal 2. C'est ce qui me rend encore plus triste.
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mardi 19 juin 2012

Sous le règne d'un "grand président"


Qui se rappele encore de cette après-midi du dimanche 30 juin 2002 où Biya'a bi Mvondo Paul Barthélémy, président de la république du Cameroun, accorde une interview surprise à le télévision nationale -je veux parler de l'inénarrable CRTV- à la surprise générale. Un peu plus ou un peu moins d'un heure avant, il a limogé le vieux Koungou Edima Ferdinand, alors ministre de l'admistration territoriale, suite l'échec piteux de l'organisation du scrutin électoral qui devait se tenir ce jour-là.

A l'annonce radiodifusée du coup de savate présidentiel dans les fesses de son grabataire de ministre et du report du déroulement du scrutin, j'entends un voisin se pâmer de ce qu'il considère être une décision digne d'éloges. Ce voisin déclare à qui veut l'entendre:"Popol est un Grand Président !" J'aurai peut-être du me demander à cet instant: Qu'est-ce qu'un Grand Président ? La première réponse à cette question hautement philosophique, c'est le Grand Président himself qui allait me l'apporter ce même dimanche après-midi.

En effet, notre sommité présidentielle déclara  lors de l'interview que ce ne fut que la veille qu'il fut informé par "on" que la tenue du scrutin à la date convenue était plus que problématique. Mais qui pouvait bien être ce "on" ? La presse, les partis politiques de l'opposition, des organisations de la société civile qui, durant les jours, les semaines et même les mois précédents dépensèrent des tonnes de papier, d'encre ou de décibels pour alerter l'opinion et le gouvernement sur l'impréparation de l'échéance électorale ?
Par "on", le Grand Président voulait-il parler de l'administration qui est sous son autorité, des nombreux services de renseignements que notre constitution et nos lois mettent à sa disposition ? Dans ce cas, on se demande comment ceux-ci prirent tant de peine à retrouver le numéro de téléphone du Grand Président pour ne l'appeler qu'à la veille du scrutin.

Quoi qu'il en soit, la première réponse à la question brillait par son évidence. Un Grand Président ne lit pas la presse de son pays, n'écoute ni ses concurrents politiques ni la société civile. Pis encore, il est difficilement joignable au téléphone par son administration.

A l'occasion du retour de Biya bi Mvondo Paul barthélémy d'un [long] séjour privé en Europe, le journal satyriquePopoli commit le crime de lèse-majesté de titrer: "Le grand vacancier est de retour !" Les temps ont bien changé puisqu'on incarcère plus des scribouillards qui font affront à notre Grand Président. Ces esprits chagrins peinent à comprendre que rendre caduques les dispositions constitutionnelles à propos de vacance du pouvoir du fait d'une absence prolongée du territoire contribuent à la grandeur d'une présidence.

La deuxième réponse à la question me vient à l'esprit quand je me rappelle la mansuétude dont bénéficiait le Grand Président de la part mes mères. Elles disaient de lui qu'il était un Bon président mais qu'il était mal entouré. Au risque de paraître macho, je remarque que nos mères veulent plus d'un bon président de qui elles sont proches affectivement que d'un "grand président", expression plus utilisée par nos mâles. Donc, deuxième réponse: un Grand Président n'est pas comptable des incompétences et des méfaits de son entourage, même si c'est lui qui l'a choisi.  

La troisième réponse sortit de la bouche d'un débrouillard qui gagnait sa vie en vendant des biscuits aux voyageurs dans des bus de transport interurbain: "Il n'y a que trois choses de nouveau que Paul Biya a apporté au cameroun: le chômage, le benskin et le call-box." Difficile de dire mieux.

lundi 18 juin 2012

Petite charade obamesque


Pour commencer, un petite charade.

Mon premier est un président qui présente un faux extrait de naissance, façonné grâce à Photoshop ou autres logiciels de retouche d'images, pour convaincre ses compatriotes qu'il est bien et bien né sur le territoire de l'Etat qu'il gouverne parce que dans le cas contraire, il serait juridiquement un usurpateur, serait destitué illico presto et traduit devant les tribunaux.
 
Mon deuxième est homme d'état qui ne sait pas exactement combien de subdivisions politiques et administratives compte son pays. Un peu comme si notre Popol national du Cameroun disait que notre cher et beau pays est constitué de 17 provinces. Pour épicer la sauce, j'ajoute que cet homme d'état croit qu'en Autriche, on parle l'autrichien -puisqu'en France, on parle français.

Mon troisième est un dirigeant qui ne se sépare jamais des ses téléprompteurs pour dire déclâmer de grands discours qui font se pâmer d'éblouissement le monde entier. Une précision importante pour vous mettre sur la voie: même quand il s'adresse aux élèves d'une école primaire, son gadget s'avère indispensable. Comme les réalisateurs et les cameramans des chaînes de télé cadrent au milimètre près le lecteur de téléprompteur, les naïfs téléspectateurs se convainquent que ce monsieur est si intelligent et si sincère qu'il ne s'aide que d'une excellent mémoire et d'un élan de spontanéité. 

Mon quatrième est un président qui a fait explosé le plafond juridique de la dette de son pays par de fumeux plans de relance adossés sur de massives dépenses publiques et continue de clamer, comme s'il prenait ses compatriotes pour des cons, qu'il est le président le moins dépensier de l'histoire de son pays. Toujours sur le chapitre économique, ajoutons qu'il n'est jamais parvenu en quatre ans à faire baisser le taux de chômage en dessous de 8% et rejette la responsabilité de ses échecs sur son prédecesseur. 

Mon cinquième est un homme d'état que mes concitoyens d'Afrique prirent pour un Messie et vouent aujourd'hui aux gémonies depuis que l'idole a participé activement aux reversements des tyrans et fossoyeurs de la démocratie qu'étaient Laurent Gbagbo et Khaddafou. Or, en Afrique on aime plus nos despotes, du moment où ils campent les rôles de héraults de la libération de l'Afrique, qu'un sang-mêlé d'Outre-Atlantique qui trahit -en apparence- le tropisme autocratique de son père africain de la Corne.

Mon sixième, candidat à sa reélection, est donné probable vainqueur par des médias d'Europe occidental -comme RFI ou France 24- qui ne citent que les sondages qui satisfont leurs désirs et taisent plus d'une bonne moitié d'entre elles moins cléments pour leur idole. 

Mon tout est celui que présente la photo de cette article.