samedi 6 octobre 2012

COMMENT LES UNIVERSITES FABRIQUENT DES CITOYENS INUTILES


Une bonne partie de ceux qui liront cet article se diront certainement : « Quel prétentieux celui-là ! Mais pour qui se prend-t-il pour faire la leçon aux autres? Qu’est-ce qu’il a réalisé de remarquable pour se permettre de critiquer les autres ?» Je leur donne raison. Mais comme je tiens à utiliser l’Internet comme espace de libre expression ; qu’ils veuillent bien supporter ma condescendance.

A l’époque où j’étais étudiant à l’université d’Etat de Douala, je discutais avec deux autres étudiants de notre mini cité. L’un d’eux, inscrit en Faculté des Sciences, nous fit part du projet d’édition d’un journal universitaire dont il était porteur. Il nous demanda humblement de lui proposer des thèmes que pouvait traiter la publication. Comme il peinait à trouver les idées, nous lui demandâmes quelles rubriques devait contenir le journal. Grande fut ma surprise quand il nous répondit en parlant des rubriques consacrées aux faits divers, à l’humour, aux questions de société ou à la vie au campus. Et moi qui croyais naïvement qu’une publication réalisée par des étudiants d’une faculté de sciences devrait d’abord et surtout traiter des questions de sciences ! Comme quoi, une faculté de sciences d’un pays en voie de développement qui publie une revue scientifique de vulgarisation… il faut aller en Amérique du Sud pour voir ça !

Ceux de mes compatriotes ou tout simplement ceux qui vivent dans une ville camerounaise abritant une université d’Etat, peuvent constater de leurs propres yeux la scène édifiante d’étudiants rédigeant religieusement, dans un calme olympien, les notes de cours dictées par l’enseignant. A vrai dire, parler de notes de cours est un abus de langage puisque le professeur lit studieusement de larges portions d’un ouvrage académique. Le corollaire immédiat est que la « dictée magistrale » tient en lieu et place du cours magistral normalement prévu dans ces universités. C’est avec une tristesse teintée d’un sentiment de révolte que je voyais par exemples des étudiants en Droit incapables de réaliser en temps réel une synthèse de ce que déclamait l’enseignant, se contentant paresseusement de recopier  à la virgule près !

Ces étudiants avaient certainement des têtes bien pleines pour valider des unités d’enseignement, mais auraient certainement été peu capables de brosser à l’attention d’un public de néophytes, un tableau concis du fonctionnement de l’appareil judiciaire camerounais. On pourrait en dire autant d’un étudiant en économie qui livrera une excellente définition de l’utilité marginale, mais ne pourra vous exposer avec virtuosité une chronologie de la longue période de récession économique qu’a connu le Cameroun.

Peut-on, au regard de ce qui précède, conclure que ceux qui fréquentent les universités camerounaises y acquièrent, il est vrai avec beaucoup de zèle et sans esprit critique, une connaissance inutile ? La jeunesse, a-t-on coutume de dire, est le fer de lance de la nation. Pour ce qui est de la jeunesse estudiantine, on constate aisément que ce fer est fortement émoussé !

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