vendredi 22 février 2013

Quand le Cameroun broie du noir en silence



Depuis plus d’un mois, les abonnés à AES Sonel, la compagnie d’électricité, subissent des coupures plus que fréquentes de courant électrique. Dans le quartier de Douala où je réside et travaille, la fourniture d’électricité est suspendue chaque jour pendant une durée d’au moins deux heures. Bien que cela soit source de gêne domestique et de manques à gagner pour un bon nombre d’opérateurs économiques, la population élève peu la voix pour exprimer un quelconque ras-le-bol et les heures d’obscurité nocturne sont vécues avec une certaine résignation.
 
On est bien loin de l’année 2001, quand le gouvernement camerounais venait juste de céder la Sonel, alors propriété de l’Etat, à la multinationale AES Sirocco. A cette époque-là, des concerts de cris d’orfraie et de récriminations accueillirent la privatisation de la Sonel. Les slogans antioccidentaux et anti-américains du genre “U.S., go home!” faisaient florès. Que n’avait-on pas attendu à propos de la recolonisation économique du Cameroun, de l’accaparement d’un bien national par le capitalisme multinational ou de la spoliation de nos richesses?

Comme par enchantement, les décennies de la gabegie dans la gestion de la Sonel étaient oubliés. Il en était de même pour le lourd passif financier qu’elle trainait ou encore l’obsolescence d’une bonne partie de son équipement de production et de distribution. Qui se souvenait encore de la gestion patrimoniale empreinte de népotisme et de favoritisme de son dernier directeur Niat Njifenji Marcel resté à sa tête pendant près de vingt ans? N’ayant cure d’un éventuel conflit d’intérêt, Niat Njifenji cultivait à titre personnel et vendait à la Sonel les pins dont cette société se servait comme poteaux électriques.

Peu après que les Américains d’AES Sirocco eurent pris les commandes, notre pays connut une mémorable période pénurie d’énergie électrique. Cette époque-là que le mot “délestage” entra dans le vocabulaire populaire. AES mettait en cause la faiblesse de la pluviométrie qui affectait le régime hydrométrique des fleuves qui alimentaient nos barrages hydroélectriques. Nos journaleux, politicards et intellectuels de cabaret, qui ne l’entendaient pas de cette oreille nous sortaient des arguments simplets du genre: “Avant l’arrivée des Américains, il n’avait pas ces problèmes de pluviométrie ?”

J’avais beau consulter nos journaux -disons plutôt feuilles de choux, je n’y avais trouvé aucun article présentant avec tableau ou graphique à l’appui l’historique des variations de la pluviométrie au Cameroun. Encore moins la preuve chiffrée que nos barrages produisaient une quantité d’énergie électrique bien supérieure au besoin. Bien sûr, notre presse rappelait bien peu -sinon, pas du tout- que ce même problème de pluviométrie s’était déjà manifesté avec la même acuité deux ans auparavant au point où l’inénarrable CRTV, la radio-télé publique, en avait parlé. Mais en 1999, la Sonel, pour ne pas se mettre à dos le Cameroun qui compte (sic), avait reporté la charge du déficit énergétique sur les petites villes et les campagnes, là où justement les journaleux, les politicards et les intellectuels de cabaret ne vivent pas.

Dans le débat qui avait cours, le rationnel et le raisonnable n’étaient pas les choses les plus partagées. Les ergoteurs qui s’opposaient sans concession à la privatisation carburaient plutôt à l’obsession antioccidentale et à un nationalisme arriéré.

La nouvelle direction d’AES Sonel avait entrepris de faire le ménage dans les effectifs. Les ressources humaines étaient mal déployées pour cause d’incompétence et de népotisme. Une bonne partie des employés avaient été recruté sans avoir les qualifications requises. Pis encore, beaucoup d’autres avaient présenté des diplômes ou des actes de naissance falsifiés afin d’être embaucher, de bénéficier de promotion professionnelle ou de pouvoir travailler plus longtemps que ne le permettait la réglementation.

Tout ceci était un secret de polichinelle mais quand les syndicats s’opposèrent furieusement à ce toilettage. Faits sans précédent, ils pratiquèrent même des actes de sabotage en interrompant intempestivement la fourniture d’électricité aux usagers. Il n’y eût pas grand monde pour condamner ces syndicalistes qui se fichaient bien de l’intérêt général qu’ils prétendaient défendre et n’avaient qu’à cœur la préservation des avantages indus.

Peut-être qu’aujourd’hui, les Camerounais ont fini par admettre de simples réalités. Que la production de nos barrages peinent à satisfaire nos besoins. Que AES Sonel, qui n’existe que parce que des investisseurs veulent fournir un service en échange d’un bénéfice financier, ne peut pas se permettre de construire des barrages ou des centrales nucléaires... d’autant plus que des politicards démagogues ne se priveraient de les nationaliser s’ils en avaient le pouvoir.

Peut-être que les Camerounais ne réagissent plus par simple indolence ou délitement de l’esprit civique. Je ne m’en réjouis pas, mais je préfère de loin cette pondération amorphe au tumulte inepte de 2001.

dimanche 17 février 2013

Pour en finir avec Eto’o fils et compagnie



Le mercredi 6 février 2013, l’équipe nationale de football, les Lions Indomptables, ont une fois de plus réalisé l’exploit de se faire battre par la modeste Tanzanie en match amical. Ceux de mes lecteurs qui connaissent mon antipatriotisme décomplexé devineront aisément que cette nouvelle contreperformance ne m’a point du tout attristé. Si je reparle aujourd’hui des Lions, c’est parce que sur 22 joueurs appelés par le sélectionneur, 11 ont déclinés la convocation en arguant de fallacieux prétextes. A ce jeu-là, la palme d’or revient à Eto’o Fils Samuel qui a déclaré ne plus se sentir physiquement en sécurité au sein de l’équipe nationale.

A mon négligeable avis, Eto’o fils et compagnie doivent être purement et simplement écartés de l’équipe. Mais je peux toujours pérorer à longueur de billets de blog, Eto’o fils restera toujours un intouchable au dessus des principes moraux élémentaires. Ses coéquipiers boudeurs continueront à bénéficier -il est vrai, dans une bien moindre mesure- de cette même intouchabilité. Je le répète: que les Lions Indomptables se fassent humiliés me laisse à 37°c au mieux, au pire (sic) me remplit de joie. Ce que je déplore surtout, c’est la mauvaise influence qu’ils ont sur les jeunes camerounais. 

Dans les années 80, quand nous étions à peine adolescents, la profession de footballeur était mal vue par nos parents. Ils nous disaient, si nous leur faisions part de notre ambition d’embrasser le métier de footballeur, que c’était l’apanage de voyous et de jeunes en perdition scolaire. La quasi-totalité des footballeurs qui avaient réussi à gagner une place au sein des Lions Indomptables, l’équipe nationale camerounaise, confiaient qu’ils avaient du faire face à une forte opposition de leurs parents au début de leur carrière. Bref, on menait la vie dure à ceux qui voulaient s’y engager mais on portait aux nus ceux qui y réussissaient.

Du fait de fortes restrictions de la mobilité internationale des footballeurs, une bonne des meilleurs d’entre eux étaient «contraints» d’effectuer toutes leurs carrières au Cameroun. L’éventualité d’un arrêt Bosman ne traversait même pas l’esprit de nos esprits les plus aiguisés. Nos footballeurs avaient à cette époque une humilité certaine qui les contraignait à ne pas se croire plus beaux et plus intelligents qu’ils ne l’étaient. Peu nantis, ils n’essayaient d’épater le peuple par l’exhibition ostentatoire de leurs biens matériels et de leur argent. On voulait devenir des  Milla Roger, Abéga Théophile ou Nkono Thomas parce que leur talent nous impressionnait et non à cause de la mirobolance de leurs revenus.       

Mais en 1998, à l’occasion de la coupe du monde de football en France, un bouleversement majeur se produit dans la mentalité des jeunes camerounais. Les Lions Indomptables réalisèrent une prestation appréciée même s’ils ne purent se qualifier pour le second tour. Et surtout, deux jeunes footballeurs amateurs qui évoluaient dans le championnat local, Ndjanka Béaka et Ndo Cyrille, marquèrent les esprits. Issus de milieux modestes, surtout en ce qui concernait Ndjanka, ils furent propulsés au devant de la scène et les contrats professionnels qu’ils signèrent leur permirent de façon spectaculaire leurs familles de la misère.

On vit alors dans les quartiers populaires des milliers de jeunes se réorienter radicalement vers la carrière de footballeur au dépens des études. Attirés par ce miroir aux alouettes qu’était le perspective de gagner de l’argent par le football, ils leur restaient peu de raison pour écouter les conseils avisés d’un Bell Joseph Antoine qui disait toujours qu’il y a pour les jeunes bien plus de chances de devenir ingénieur plutôt que footballeur professionnel.  

Mais le pire était à venir avec l’émergence fulgurante d’Eto’o fils Samuel. Véritable génie du football, il incarna -et continue à incarner- une génération vaniteuse et dopée à l’égo surdimensionnée. Cette génération Eto’o était si complexée de son faible niveau intellectuel qu’elle s’attelait à acheter rubis sur ongle la reconnaissance et l’assujettissement de ceux qui avaient reçu une meilleure instruction scolaire ou étaient tout simplement dans une position d’autorité. C’est ainsi que les journalistes et hommes de média se furent généreusement et joyeusement stipendiés. Ce ne sont surtout pas Bony Philippes et l’animateur et humoriste Tchop Tchop qui prétendront le contraire.

Désormais, les étudiants pouvaient crier aux oreilles de leurs enseignants: “Eto’o fils te dépasse! Il n’a pas eu besoin de maîtriser l’équation de Schrödinger pour gagner plus d’argent que toi!” Des jeunes sans emploi et oisifs des milieux pauvres discutaient à longueur de journée des revenus mirifiques d’Eto’o fils et compagnie, de leurs jets privés ou de leurs séances publiques de distribution de billets de banque -la farotage pour faire simple.

Par les comportements susmentionnés et par bien d’autres actes qu’un billet de blog ne suffirait pas à décrire, Eto’o fils et cie a largement contribué à la décomposition morale de la jeunesse camerounaise. Leurs brillantes performances sportives ont joué un rôle de puissants catalyseurs dans cette alchimie corruptrice. Tourner voire déchirer la page Eto’o serait plus que salutaire. Mais je n’en rêve pas trop.

Comment la jeunesse camerounaise se corrompt dès l’école



Quand j’étais en classe de 6ème, deux de mes camarades et moi furent l’objet d’une de ces tromperies dont les politiciens nous gavent tous les jours. Un des élèves de notre établissement, bien plus âgé et dont le niveau scolaire était plus élevé, vint nous parler de la candidate pour qui  il battait campagne à l’élection du bureau de la coopérative des élèves du lycée. Parfaitement ignorant de l’exercice démocratique en milieu scolaire, nous buvions les promesses électorales en faveur du beau temps, des oiseaux qui chantent dans le ciel, de la paix dans le monde et de la nourriture pour tous.
                   
Nos autres camarades pour qui la vie lycéenne se limitait aux études, à la camaraderie et aux jeux tournèrent rapidement les talons. Nous qui avions un embryon d’esprit civique fûmes magistralement abusés: le propagandiste nous convainquit de faire le tour de l’établissement en clamant le nom de sa candidate. Quand quelques années plus tard je pus cerner la personnalité de ce propagandiste, je compris qu’en fait: c’est lui tirait les marrons du feu; sa candidate n’était qu’un faire-valoir; n’ayant aucune chance de l’emporter s’il se présentait lui-même, il voulait mettre la main sur la coopérative en avançant masqué. Sa vile entreprise ne fut pas couronnée de succès mais nombreux sont ces collégiens, lycéens et étudiants pareillement intentionnés qui réussissent leurs coups.

Ma petite sœur m’avait raconté comment un candidat à la présidence de la coopérative du lycée Général Leclerc de Yaoundé avait remporté sur le fil l’élection. Contrairement à d’autres établissements scolaires où seuls les délégués et vice-délégués votaient, tous les élèvent de ce lycée étaient électeurs. Le jour du scrutin, le candidat susmentionné organisa des séances des projections vidéo à l’attention des élèves de 6ème et 5ème. Au sortir de ces séances, ces élèves partirent voter en masse pour celui qui les avait divertis, faisant ainsi pencher la balance en sa faveur.

Un camarade de classe me racontait qu’au collège Alfred Saker de Douala, deux candidats fils à papa issus de famille nantis, pour qu’on sache bien qui valait quoi, avaient dépassé le niveau des promesses démagogiques. Ils s‘exposaient désormais ostentatoirement en véhicules rutilants. Pour atteindre le comble de l’ubuesque, l’un des candidats réalisa le tour de force de se présenter au lycée dans un camion. Son adversaire, pour donner le change de la bêtise, fit entrer dans l’enceinte de l’établissement... un engin bulldozer.

Dans les écoles où l’élection ne se fait pas au suffrage universel, l’important est d’acheter les voix des chefs de classe. Généralement, le prix d’une voix s’élève à un petit goûter -boisson gazeuse, sandwich et cacahuètes- offert lors d’une réception. La campagne publique ne sert surtout qu’à amuser la galerie. Des sommes d’argent effroyables sont dépensées par des candidats qui sont portant encore sous la tutelle de leurs parents et ne comptent en principe que sur leur argent de poche. Ce n’est pas la nature bénévole de la fonction visée qui les fera reculer puisqu’ils savent bien qu’à côté des honneurs et du prestige à récolter, ils pourront user de milles et uns passe-passe pour se refaire une santé financière. 

Une fois élus, ces élèves et étudiants qui promettaient monts et merveilles offrent une gestion pitoyable de l’organisation qu’ils ont en charge. S’ils ne versent pas dans la gabegie, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas la haute main sur la caisse. En manque criard d’imagination, ils se limitent à perpétuer les travers des équipes dirigeantes passées. Les semaines culturels organisées n’ont de culturel que l’adjectif, les soirées culturelles ne sont en fait que des orgies, “l’investissement humain” se limite au débroussaillage et au balayage... A la fin de l’année scolaire ou académique, la description du bilan de la coopérative tient à peine sur deux lignes.

Pourquoi cette description au vitriol du jeu électoral et du gouvernement des élèves et étudiants dans nos écoles? Parce que j’en assez que des jeunes puissent croire qu’il suffit surtout de virer les dirigeants septuagénaires de notre pays pour que les choses aillent mieux dans notre pays. Les illustrations innombrables montrent bien à souhait que la culture de la fraude politique et une gestion inepte  n’est pas l’apanage de la génération de nos pères. Déjà à l’école, les jeunes camerounais démontrent qu’ils savent faire aussi mal qu’eux... sinon pire.        

Biya’a bi Mvondo a parlé peu, plat et creux



Le 11 février 2013, le pape Benoît s’est pris pour un président dont le mandat électif est limité dans sa durée. A la surprise générale, il a annoncé sa démission. Le jour d’avant, c’est-à-dire le 10 février 2013, Biya’a bi Mvondo Paul Barthélémy de la république bananière du Cameroun a discouru comme un président qui se prend pour un pape. Du moins pour un pape qui ne peut démissionner selon ce que croyait le grand public peu au fait du droit canon. Ainsi donc, le président s’adressait à la jeunesse camerounaise à l’occasion de la fête de la Jeunesse du 11 février. Le thème de cette célébration était : “Responsabilité patati et participation au développement patata”. 
 
Comme pour se convaincre qu’il était encore à la fleur de l’âge, Biya bi Mvondo se tenait debout et n’avait entre ses mains aucune note pour dire son discours. J’imagine que les thuriféraires du Renouveau ont fait preuve du zèle éhonté dont ils ont seuls le secret pour nous convaincre dans les médias que notre président était encore bien alerte malgré ses 80 printemps bien sonnés. Je suppose qu’ils n’ont pas relevé que le (seul ?) mérite du président était de pouvoir encore s’aider de téléprompteurs. A ce propos, je me garderai de moquer notre président puisque Obama qui est bien plus jeune en use pour s’adresser à des élèves de l’école primaire.

De moins en moins fan de foot, je me suis échiné à synchroniser une radio camerounaise qui diffusait l’allocution présidentielle en lieu et place de la finale de la coupe d’Afrique des nations. En vain. D’ailleurs, ce qu’avait à dire le président n’intéressait pratiquement personne, du moins dans mon voisinage. La finale de football recelait bien plus d’incertitudes que le verbe biyaen. Après 30 discours annuels de la sorte, il n’y avait pas matière à s’attendre à du nouveau. Cela dit, si les Super Eagles du Nigeria sont devenus champions d’Afrique comme l’avaient pronostiqué la majorité des  bookmakers, le discours de Biya’a bi Mvondo fut le plus creux et le plus plat que j’ai jamais eu l’occasion d’écouter.

Le président a donc promis la création de 200 000 emplois. Il y a deux ans, il promettait le recrutement de 25 000 jeunes dans la fonction publique. Ce fut la plus formidable opération d’enfumage de citoyens camerounais menés par le gouvernement. A cette époque-là, les jeunes camerounais, qui ont peu leurs pareils en matière d’indolence politique et d’inconscience civique, s’étaient mis à rêvasser d’un printemps camerounais à la suite des printemps arabes. Mais quand Biya’a bi Mvondo a présenté l’appât de la promotion sociale par l’intégration à la fonction publique, ils ont tous -ou presque- mordu goulûment à l’hameçon. Selon toute vraisemblance, sur 25 000 postes promis, seulement 4 000 furent attribués et le calendrier de recrutement ne fut aucunement respecté.

Cette fois, Biya’a bi Mvondo n’a pas donné de modus operandi. Va-t-il user d’un décret loi créant ces 200 000 emplois? Je n’y crois pas vraiment: notre président est certes d’une fainéantise notoire mais il est loin d’être bouffon à ce point-là. Va-t-il ordonner à l’administration fiscale de lever le pied sur le matraquage systématique des jeunes camerounais qui ont choisi la voie de entrepreneuriat privée plutôt que celui du fonctionnariat public? Faut pas rêver: le président passe presqu’autant de temps en Suisse qu’au Cameroun n’est certainement pas au courant des dures réalités que vivent nos opérateurs privés. Et même s’il en avait connaissance, priverait-il ses “commis de l’État” de prébendes résultants d’une corruption sans laquelle le Renouveau n’aurait pas tenu aussi longtemps?  
 
Si bien avant l’âge de six ans j’avais cessé de croire au Père Noël, il m’a fallu encore bien du temps pour cesser d’accorder à priori toute crédibilité au boniment présidentiel bien que je me déclarais déjà opposant intransigeant. Quand le 10 février 1999, Biya’a bi Mondor annonça la désormais gratuité de l’enseignement primaire, je saluai instantanément cette décision en applaudissant. Et quant je dis “applaudir”, c’est bien dans le sens propre. Quelques mois plus tard, je déchantais: les parents, pour inscrire leurs enfants dans les écoles primaires, devaient s’acquitter de frais non réglementaires qui avaient grimpé en flèche. Notre président pouvait bien plastronner à l’UNESCO, mais dans les faits l’école payante restait aussi payante qu’avant.  

Le Cameroun ressemble à un bateau dont le capitaine se prélasse paresseusement dans le lit de sa cabine. Les moussaillons se dérouillent comme ils peuvent pour faire avancer le navire en évitant les écueils. Ayant renoncé à évincer le capitaine fainéant, ils préfèrent errer dans les mers calmes. Approcher les côtes serait trop dangereux sans un capitaine capable.