mardi 3 juillet 2012

Comment Biya'a bi Mvondo achète la paix civile

En matière de politique intérieure camerounaise, je classerai notre père dans le camp des conservateurs cyniques qui trouvent matière à critiquer les changements démocratiques et les revendications populaires à plus de libertés politiques et civiques. Et pourtant, il n'a jamais été un partisan du Renouveau et c'est avec difficulté qu'on peut le ranger dans les rangs des sympathisants de Biya'a bi Mvondo et de son régime. La position politique et intellectuelle de notre père lui donnait donc souvent une lucidité assez rare pour analyser les actions du président camerounais.
Pour expliquer le laisser-aller qui a cour dans la société camerounaise, il disait que Biya'a bi Mvondo ménageait ainsi des   soupapes de sûreté pour éviter que les frustrations des populations atteignent un point où celles-ci se trouvent contraintes de descendre dans la rue pour manifester leur colère. L'exemple qu'il aimait le plus cité était le profusion des débits de boisson sous la présidence de Biya'a bi Mvondo.
Sous Amadou Ahidjo, les démarches pour obtenir l'autorisation d'ouverture d'un débit de boisson relevait d'une véritable parcours du combattant. Nos pères ajoutaient que même la distance entre deux bars étaient reglémentés et qu'il était en conséquence bien difficile, à leur époque, de trouver des rues, des carrefours ou des avenues de la joie où des bars, des cabarets, des boîtes de nuit ou autres lieux de commerce du plaisir festif et légal se côtoyaient dans une aussi grande proximité qu'aujourd'hui.
Mais avec Biya'a bi Mvondo est arrivé une certaine libéralisation des moeurs. L'espace de liberté accordé, même s'il s'apparente parfois à de la licence et de la luxure, évite au Renouveau l'affermissement de la conscience politique des citoyens. Grâce à une grande déréglémentation du commerce de boissons alcoolisés, les Camerounais peuvent s'offrir facilement une bonne bière bien glacée pour oublier, le temps d'une bonne orgie, les affres de la précarité économique, du chômage, de l'insalubrité de leur habitat et de bien pire encore. Autant que possible, on noie son désarroi librement dans l'alcool. D'autant plus librement que le reliquat de reglémentation sur vente de boissons alcoolisés n'est même pas respecté.
Si l'état de délabrement économique et social vous désespère, vous pouvez toujours vous mettre de baume au coeur en regardant les affriolants programmes des bouquets télé dont vous n'auriez pas pu avoir accès si les lois sur le commerce et la propriété intellectuells étaient rigoureusement appliquées. A ce propos, le groupe Canal+ peut toujours courir: il faudra encore bien longtemps avant que la myriade de câblo-opérateurs indépendants cesser de distribuer en toute impunité certains programmes tv de son bouquet. Puisqu'il faut bien se gaver des films divertissants ou des matchs européens de football télévisés pour oublier le chômage, la misère ou la gabegie du Renouveau, ne comptons donc pas sur ce dernier pour faire respecter rigoureusement la loi.
Quiconque dit que le football est l'opium des Camerounais n'ébauche qu'une cruelle vérité. Pour contribuer à l'étaler dans son entièreté, on doit souligner que Biya'a bi Mvondo use -sans vergogne, je me permets d'ajouter- du succès des Lions Indomptables pour endormir la conscience citoyenne des Camerounais. Si notre équipe nationale de football avait remporté la Coupe d'Afrique des Nations de 2008, il est fort à parier que nous n'aurions pas eu les émeutes de 2008. Les Camerounais au summum de la félicité footbalistique, "fiers d'être Camerounais", n'auraient pas trouver grand choses à redire à la brusque dégradation de la conjoncture économique et à la volonté de Biya'a bi Mvondo de lever un verrou constitutionnel pour se maintenir au pouvoir.
Il faudrait certainement un livre pour décrire les milles et unes astuces dont use le président camerounais, consciemment ou pas, pour rendre ses concitoyens si indolents. On pourra y parler aussi des maisons de passe "ampoules rouges", de nos stars du football qui abdiquent toute conscience citoyenne, du désordre urbain, de la corruption pour ne citer quelques-une des méthodes qu'utilise le Lion d'Etoudi pour acheter la paix civile au Cameroun.  

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