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Platini = Blatter Light


La démission surprise de Sepp Blatter, le parrain de la famille (peu ou prou) mafieuse du football international, semble marquer la victoire de Michel Platini qui s'était opposé à Blatter. Mais cela qui passe pour le contempteur du système Blatter n'est pas si net que cela... pour peu qu'on n'ait pas la mémoire courte. 








Quand Platini aida Blatter

Mais n'ayons pas la mémoire courte et rappelons-nous la fameux ticket Blatter-Platini quand le suisse, alors secrétaire générale de la FIFA, brigue la présidence en 1998. Face au président de l'UEFA, Lennart Johansson qui avait à priori le soutien de la CAF et de l'UEFA, Blatter s'était attaché le soutien de Platini qui tirait sa légitimité de gestionnaire sportive de la présidence du comité d'organisation de la coupe du monde 1998 en France.


Platini aida Blatter à fissurer le bloc européen; Blatter, avec la maestria d'un renard de la politique, put mettre dans sa poche l'Amérique latine, l'Asie et l'Océanie. Ce qui lui permit de remporter le scrutin à l'issue d'un scrutin serré. En guise de récompense, Platini décrocha un poste de conseiller de président de la Fifa. En fait, l'ancienne star française du ballon rond était bien plus qu'un conseiller. Au regard de sa très grande complicité avec Blatter, on aurait même cru qu'il était en fait le vrai vice-président de l'organisation.

Quand Blatter renvoya l'ascenseur


Auprès de Blatter, Platini apprit comment se constituer une clientèle électorale en usant des antagonismes Riches vs Pauvres ou Puissants vs Petits pour flatter ces derniers en usant des promesses démagogiques puis les noyer de subsides pour les faire oublier les promesses électorales irréalisables. En 2007, Platini mit en œuvre les leçons apprises de son maître suisse pour battre à la surprise générale l'infortuné Lennart Johanson et prendre la tète de l'UEFA avec -bien sûr- l'aide de Sepp Blatter.

Pour arriver à ses fins, il fit bien des promesses aux fédérations de l'Europe de l'Est comme celle d'accorder plus de places aux clubs de ces fédérations à la Champions League. Devenu président, il comprit que détraquer la machine à show-biz Champions League serait trop dangereux pour la pérennisation de son pouvoir et mit avant le Fair Play financier qui devait freiner la surenchère des clubs riches et rétabir un peu l'équilibre sportif. En fait, ce Fair Play n'a fait que freiner les clubs nouvellement riches au profit des anciens clubs nantis.

Platini pesa de tout son poids afin qu'un pays de l'Europe de l'Est organise une coupe d'Europe des Nations. C'est ainsi qu'en 2012, l'Ukraine organisa la compétition conjointement avec la Pologne. Mais, l'Ukraine était loin de remplir les conditions requises à l'époque où elle fut désignée organisatrice. Elle ne fut jamais tout à fait prête si bien que, jusqu'au terme de la compétition, les Européens eurent des sueurs froides. Mais il en fallait plus pour émouvoir Platini qui, contre vents et marées, avait réussi à renvoyer l'ascenseur aux pays de l'Est.

Quand Platini feint d'être dégoûté


Aujourd'hui, Platini feint d'être dégoûté par les miasmes de corruption dont semble imprégnée l'instance dirigeante de la FIFA. En 1998, quand Johanson et ses supporters critiquaient l'opacité de la gestion de l'organisation par le duo Havelange-Blatter et que cette opacité pouvait facilement prêter le flanc à la corruption et aux malversations, Platini, qui n'a toujours eu à cœur que sa propre ambition, n'y prenait même pas la peine d'y répondre. Il préférait sur l'ami Blatter opaque dans sa gestion qui lui permettrait de se propulser au firmament du football mondial que sur un Johanson, champion de la délégation du pouvoir dans la transparence, qui ne lui aurait même pas accordét un emploi de technicien de surface.

Platini dit être dépité par la corruption au sein de l'UEFA. Pourtant, il ne s'est jamais ému de ce que le Qatar, dont il avait publiquement approuvé la candidature, ait massivement usé de la corruption pour décrocher la coupe du monde 2022. Il n'a jamais dénoncé la gestion patrimoniale par Blatter de la FIFA bien cette gestion accroît les risques de dérive. S'il ne le fait pas, c'est tout simplement parce que Platini a eu toujours lui aussi la tentation de gérer l'UEFA de la même manière.

Quand le disciple applique les leçons du maître


Johansson, qui eut une très longue carrière de dirigeant d'entreprise privé, déléguait beaucoup et agissait plus en coordonnateur. Les systèmes de contrôle qu'il avait mis sur pied ont constitué un excellent garde-fou qui ont contribué à empêcher l'UEFA de sombrer dans les dérives de la FIFA. Mais à peine Platini eut-il pris ses fonctions qu'il s'empressa de modifier l'organigramme afin déléguer le moins de pouvoir possible. Il poussa même sa manie à vouloir tout façonner à sa façon au point d'imposer les équipes vainqueurs d'une compétition européenne reçoivent leurs trophées non plus sur l'aire de jeu, mais dans les tribunes.

A la lecture de ce réquisitoire à charge contre Michel Platini, vous avez certainement compris que l'auteur de ce billet ne considère nullement l'ancien (et très excellent) footballeur français comme ce chevalier honnête et désintéressé capable de mette fin à la corruption au sein de la FIFA. Son principal carburant est l'ambition personnelle et il luttera peut-être contre son ambition si cela sert un moment son ambition. Mais la corruption est trop souvent le meilleur allié d'une ambition de pouvoir qui veut se pérenniser.

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