vendredi 6 septembre 2013

La culture de l'irresponsabilité perpétuelle

Parmi les jeunes chômeurs du Cameroun, notamment dans la population urbaine, quelle est la proportion des Bamilékés ? Etant donné qu’il n’existe pas de statistiques officielles ou tout simplement fiables à ce propos, je ne peux que conjecturer à ce propos. Idem si je m’interroge par exemple sur la proportion de jeunes Bamilékés qui ont pu fonder un foyer et construire une maison avant l’âge de 35 ans et si je la compare à celle de la plupart des autres ethnies.
Le pari sportif, une des occupations favorites des jeunes oisifs

Certains de mes lecteurs me reprocheront certainement de remettre le couvert une fois de plus -ou de trop- sur cette ethnie. Peut-être qu’ils auront raison, notamment s’ils appuient en remarquant qu’il y a bien d’autres tribus au moins aussi méritoire que les Bamilékés. Je le concède: j’aurai beaucoup à dire sur la puissance de travail des Etons et le sens commercial affiné des Foulbés. Mais, par leurs faibles poids démographiques, leurs qualités sont bien moins remarqués que celles des Bamilékés.

Pourquoi ce micro-essai sur la culture de l’irresponsabilité perpétuelle ? Pour vous livrer mes réflexions sur une petite expérience vécue il y a très peu de temps.

Comme vous le savez, je suis un employé de cybercafé. Ce métier qui me prend énormément de temps et d’énergie ne me laisse pas la possibilité de développer d’autres compétences professionnelles et réduit à une portion congrue tout autre activité sociale comme rendre visite à la famille et fréquenter assidûment une communauté religieuse.

Au regard de ce qui précède, je prends la décision de quitter cette emploi sans forcément attendre d’en avoir trouvé un autre. Mais, petit problème... disons gros problème: ma trésorerie ne me permet pas de me lancer sans aide  dans le faisceau d’activités professionnelles auquel j’aspire et je devais l’utiliser comme ration de subsistance, je tiendrai à peine 3 mois.

Après mûrs réflexions, je décide de regagner le domicile familial. Bien que je conçoive cela comme un repli stratégique indispensable qui me permettra de rebondir, je ne peux empêcher un certain sentiment de honte m’envahir. Rentrer chez Papa et Maman après 33 bougies soufflées le plus fièrement du monde et sans honte aucune, ça il faut le faire !!!

Mon père, guidé par l’amour paternel (sic), propose de me payer les cours de l’auto-école. Et là, dans mon for intérieur, je décide de ne pas accepter l’offre. Passe encore que je vienne manger dans la marmite des parents, mais de là à accepter qu’on me paie l’école comme dans mon enfance... 

Je fais part de ma décision de refuser cette aide à un frère et que me répond-il ? Que je suis motivé par l’orgueil. Je vous passe les détails de la description de la profonde tristesse qui m’étreint alors. Triste de constater qu’on puisse assimiler à de la prétention le désir tenace de garder son autonomie, d’autant plus que l’âge vous y oblige.

Plus tard, je soumets le même problème à un couple de mon voisinage. Ce sont des Bamilékés qui ont dépassé la fleur de l’âge, m’ont pris comme leur enfant et m’ont apporté un soutien vital dans des moments très difficiles. Et là, le son de cloche est catégoriquement différent. Ils s’opposent à ma décision et estiment que rentrer à la maison familiale serait pour moi une terrible reculade. Pour eux, rien ne vaut l’autonomie pour une personne adulte et ils voient comme une profonde honte qu’un adulte vive encore au crochet de ses parents.

C’est alors que je saisis un élément de la différence fondamentale entre les Bamilékés et les n’kwa -c’est ainsi que les Bamilékés désignent les Camerounais du sud du pays qui n’appartiennent pas à leur ethnie. Chez la plupart des n’kwa, un adulte qui vit encore chez ses parents peut être l’objet de moquerie, mais on trouvera très souvent des excuses à sa situation.

Mais chez les Bamilékés, une telle personne est nettement plus susceptible de faire le déshonneur de ses parents et il mérite peu d’égard. Dès sa prime enfance, on lui a appris à voler de ses propres ailes et à travailler pour devenir rapidement autonome. S’il doit rester soumis à ses parents, à l’autorité traditionnelle et au devoir de solidarité, il doit cesser le plus vite possible d’être une charge financière et matérielle pour sa communauté et en devenir contributeur.

Un jour, j’avais assisté à une rude empoignade entre le père sus-évoqué et le seul fils qui habite sous leur toit. Ce dernier avait amené une fille avait qui il voulait coucher dans la maison familiale. Le père était entré dans une vive colère et s’en est fallu de peu pour n’en vienne pas aux mains avec son fils. Bien que je le comprenais, j’étais surpris par le degré de son emportement.

Quand son épouse m’expliqua plus tard que chez les Bangangté, un fils qui couchait avec des femmes sous le toit de son père s’attirait la malédiction, je compris alors sa réaction. Dans notre tribu -les Banen-, si le fils a  dépassé l’âge de l’adolescence, à peine toussera-t-on pour lui signifier l’inconvenance de son acte. D’autres trouveront même là matière à se réjouir de la virilité prouvée de leur rejeton ou frère.



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