vendredi 26 septembre 2014

La paille raciste et la poutre tribaliste

Il y a quelques semaines, à l’occasion de la controverse sur le meurtre d’un Afro-américain par un policier blanc dans la ville de Fergusson aux Etats-Unis, l’auteur de ce billet a eu une véhémente confrontation verbale sur Facebook avec des personnes qui jugeaient péremptoirement que le racisme motivait forcément ce meurtre. Parmi ces « fins » limiers du racisme se trouvaient des Africains qui n’ont certainement jamais levé le petit doigt pour combattre le tribalisme dans leur propre pays.


Quand un enfant ramène de l’école un nouveau camarade, son parent demande le patronyme du camarade. L’enfant renseigne le plus naïvement du monde son parent. Son cerveau d’enfant qui voit encore trop simplement le monde ne s’imagine pas que la consonance du patronyme de nouveau camarade déterminera la bienveillance de ces parents envers cette relation de camaraderie. Si le camarade est de la mauvaise tribu, le parent peut clairement lui signifier qu’il ne veut plus voir ce camarade à la maison.

Le tableau décrit dans le paragraphe précédent n’est pas une caricature. Beaucoup de Camerounais nés dans les années 80 - ou bien avant – l’ont vécu à des degrés divers. La quasi-totalité de ces Camerounais-là étaient issus de foyers ethniquement endogamiques c’est-à-dire de foyers dont le père et la mère provenaient de la même ethnie, mieux – ou pis – encore, du même sous-groupe ethnique. Le respect dû aux personnes d’autres cultures étaient le cadet des valeurs cultivées dans les familles.

Ainsi, sous les chaumières, on pérorait sur les Bamilékés sales, envahisseurs et cupides, sur les Duala vantards, sur les Béti aussi intelligents que des poules quand ils vendaient leurs terres à des étrangers, sur les Bassas bien forts en gueule mais paresseux et méchants, sur les n’kwa (non Bamilékés) et leurs curieuses manières de vivre qui relevaient très souvent de la psychiatrie, et je passe sur bien pire encore. Nous trouvions cela très normal et les cours d’éducation civique dispensés à l’école ou les messages de propagande dans les médias d’Etat sur le tribalisme n’avaient pratiquement aucun effet sur les consciences.

Ces attitudes tribalistes conduisirent à dévoyer un marqueur culturel important : le dialecte. On ne s’exprimait plus seulement en dialecte parce que c’était la langue maternelle donc un outil d’expression familier, ou par souci de discrétion quand on était en public, mais pour commérer sur des membres d’autres ethnies en leur présence et sans qu’ils s’en rendent comptent, pour exclure les autres d’un milieu social ou pour connaître qui favoriser indûment.
Je pourrais vous raconter l’histoire d’un membre de ma tribu (banen), travaillant dans une entreprise qui pratiquait avec zèle du népotisme pro-bafang (sous-groupe ethnique bamiléké), qui fut limogé quand le grand patron découvrit qu’il n’appartenait pas à la bonne tribu. Je vous parlerai plutôt de la surprise d’un employé d’une petite entreprise de froid et climatisation, où j’étais en apprentissage, quand il se rendit compte, après m’avoir salué en ghomela’a, que je n’étais pas bamiléké. En effet, j’étais le seul nkwa’a de l’entreprise.

Afin que mes amis lecteurs Bamiléké ne se disent pas que j’ai une dent contre eux, j’évoquerai l’expérience d’un frère banen qui travailla dans une des établissements de micro-finance les plus en vue à cette époque. L’entreprise était tenue – et l’est toujours – par des Banen qui y pratiquaient un népotisme caricatural. Pis encore, la filiation tribale servait à entretenir un réseau parallèle d’espionnage implacable envers les non-Banen qui oubliaient le devoir de soumission de la minorité. Les non-Banen de l’entreprise disaient de leurs collègues banen qu’ils faisaient partis du « pays organisateur ».       

Je pourrai multiplier à l’infini des exemples de népotisme tribal. Notez bien que je ne limite qu’au népotisme ; le phénomène du tribalisme est si prégnant qu’un simple article ne peut suffire à traiter la question.

Tous ces Africains-là, particulièrement ceux vivant en Occident, si prompts à dénoncer le racisme des Blancs, peuvent faire une recension infinie des anecdotes révélant l’ampleur du tribalisme en Afrique. Mais voilà, ce qu’ils trouvaient normal sous les tropiques devient une horreur en deçà. Haïr ou trouver l’autre inférieur, c’est grave seulement si la couleur de la peau est la même… encore qu’on peut trouver des circonstances atténuantes si le sujet de la détestation à la peau blanche.

Pour illustrer mon propos, je vous livre une expérience vécue à une époque où l’auteur j’enseignais dans un établissement de cour du soir. Un après-midi, j’écoute un de mes collègues deviser sur le cas d’Africain(e)s qui osent entretenir des relations amoureuses avec des Blanc(he)s. Le collègue susmentionné assimile quasiment ces Africains-là à des traîtres.

Confondant mon attitude d’écoute attentive à de l’approbation, mon interlocuteur surenchérit en soulignant la supériorité de la civilisation africaine sur la civilisation occidentale. N’y tenant plus, je décide de répondre poliment mais de manière cinglante à sa logorrhée en déclarant à peu près ceci : « Si les propos que vous venez de tenir étaient sortis de la bouche d’un Blanc, on aurait crié au racisme ! » Mon collègue, surpris par ma réplique, s’est mis à balbutier un salmigondis de plates explications justificatives.

Evidemment, je n’y ai rien retenu parce que rien ne justifie le racisme, même le racisme anti-Blanc des Africains.


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