mardi 9 septembre 2014

La vraie valeur de l’argent

Pour une fois, parlons un peu d’économie, plus précisément de monnaie. Pas une analyse d’expert mais plutôt par des observations que nous espérons frappées de bon sens. En quelque sorte, la monnaie expliquée à des non-experts par un non-expert. L’exposé que nous présentons a le modeste objectif d'aider à appréhender les mécanismes de fixation de prix et comment une contrôle inopportun des prix, des initiatives de distorsion des marchés et une politique monétaire laxiste affecte négativement la valeur d'une monnaie.


Commençons par une anecdote s’inspirant d’un fait réel. Un employé de cybercafé arrive presque à la fin d’une dure journée de labeur. Il a commencé depuis 8 h et il est maintenant 21 h 30. Le cybercafé fermant à 22 h, des travaux lourds comme la photocopie de trop volumineux document ou les saisies et traitement de texte ne sont plus acceptés. Mais une cliente habituée de la maison débarque et supplie l'employé de lui élaborer un plan de localisation qu'elle doit joindre le lendemain à un dossier de demande d'emploi. Cette cliente, du genre à user de ses charmes pour obtenir des faveurs, met l'artillerie lourde. Elle le fait d'autant plus qu'elle prétend ne pas avoir assez d'argent pour payer intégralement le travail.

L'employé refuse tout net, non pas à cause de l'argent mais parce qu'il est trop tard pour satisfaire cette commande. Mais un quart d'heure plus tard, il a une idée de génie : utiliser l'outil en ligne Google Map pour réaliser le plan bien que le rendu sur papier imprimé soit loin d'être optimal. Il se met alors au travail et en un temps record, le plan de localisation est prêt. Quand vient le moment pour la fameuse cliente, qui se prend pour une femme fatale, de ne payer que 100 frs c'est-à-dire seulement le tiers de ce qui devrait être payé, l'aguicheuse d'un soir sort une histoire abracadabrante comme quoi elle avait pourtant prévenu qu'elle ne pourrait payer ces 100 frs que le lendemain.

A sa grande surprise, l’employé, qui parfois sur un air d’enfantillage lui manifestait des élans de tendresse, entre dans une violente colère. Après quelques minutes de palabres, la cliente, constatant qu’elle avait dépassé les bornes, paie et s'en va. Pourquoi cet employé s'est-il tant courroucé pour  100 frs qui n'achètent même pas un paquet de biscuit moyen de gamme ? Tout simplement parce que cette cliente, en manœuvrant ainsi pour obtenir à l’œil une faveur, a bien montré que le travail qu'il venait d'effectuer ne valait même pas un paquet de biscuits bas de gamme. Voilà au moins une utilité de l'argent : quantifier l'importance que nous accordons aux choses et aussi aux personnes.

Ainsi, quand nous envisageons de dépenser de l'argent ou d'en gagner, nous effectuons des arbitrages sur la valeur que l'objet de nos dépenses ou la valeur des choses que nous allons sacrifier pour en gagner. Épouser cette femme, dont la famille me demande trois millions de francs à titre de dot -en fait, on devrait dire ''prix de l 'épouse''-  vaut-il la peine que je sacrifie vingt mois de salaire donc de dur labeur ? Ce smartphone de 50 000 frs vaut-il mon mois de salaire gagné péniblement sous la férule d'un patron insupportable que je voudrai parfois étrangler ? Un emploi hors du pays mais avec une rémunération de 600 000 frs mérite-il que je m'éloigne de ma famille ?

Une fois illustré l'utilité de l'argent en tant que mesure étalon, observons maintenant ce qui découle d'une mesure tronquée. Le rapine et le vol sont deux manières d'éroder la valeur de l'argent. Quand on vole, on renie tout importance au travail qui a produit la chose volée. Si le vol devient endémique, il ne sert plus alors à grand-chose de produire puisque bien que le bien ou le service produits soient importants pour les autres, le producteur n'en reçoit en retour aucune gratification. On peut le voir au Cameroun avec l'édition des livres qui ne limitent qu’aux livres scolaires. En effet, la forte demande de ces produits permettent à des opérateurs économiques de s'y lancer et de rentrer dans leurs fonds avant que les contrefacteurs et la culture débridée du photocopiage n’entrent dans la danse.

Quand le rapine et le vol sont le fait d’agents privés, citoyens lambda ou gros poissons, il y a déjà de quoi s’inquiéter, mais quand c’est l’État qui organise cela, sous prétexte de '“missions régaliennes”', de solidarité nationale et autres fadaises, alors la coupe déborde inévitablement. Dans une économie qui fonctionne sainement, l’allocation des ressources tire vers un optimum  et l'évaluation monétaire des biens et services correspond aux besoins des agents. Si des gens préfèrent dépenser des millions pour organiser les funérailles de leurs pères ou grand-pères au lieu de construire des forages d'eau dignes de ce nom, libre à eux. On peut critiquer leur choix mais peut-être bien qu'ils ont in fine raison, et que cette sorte de culte aux morts leur insufflent un certain dynamisme économique,

Mais quand l’État, c'est-à-dire en fait des fonctionnaires qui ont oublié qu'ils étaient des employés des contribuables, s'arroge le droit de fixer la valeur en argent des choses, tous aux abris !!! Prenons seulement le cas des différences flagrantes des traitements des employés du public et du privé en matière de retraites. Au Cameroun, un fonctionnaire retraité touche une retraite pleine -pour simplifier, son salaire de base pendant qu'il était en fonction- alors que l'employé du privé n'en touche que le tiers. Le message donné par Monsieur État est clair : un travail de fonctionnaire vaut mieux qu'un travail dans le privé. Peu importe que nos fonctionnaires soient de fieffés absentéistes, qu'ils soient trop souvent des incompétents ou des oisifs.

La mesure étant ainsi tronquée, une trop grande proportion de jeunes camerounais aspirent à devenir fonctionnaires, non pas par vocation pour des missions qui sont des monopoles de droit ou de fait de l’État  comme l’administration du territoire ou la sécurité, mais parce que l’État a décrété c’était plus important de travailler en son sein. Des ministres et cadres de l’administration s'égosilleront sincèrement ou pas à encourager les jeunes à entrepreneuriat privé, ceux-ci n'auront retenu que le premier message.

Un autre moyen par lequel l’État peut dévaloriser la valeur de l'argent est la manipulation de la monnaie, plus précisément l'usage de la planche à billets. En la matière, soulignons que des puissances industrielles avec en tête les États-Unis d'Obama (avec le Quantitative Easing) et le Japon (avec les Abenomics) montrent un très mauvais exemple au reste du monde. Bien heureusement, les pays africains comme le Ghana ou le Nigeria qui disposent d'une vraie autonomie monétaire, se conduisent de manière plus responsable. On est loin du Zaïre de Mobutu qui émettaient à la volée des billets de banque pour payer les fonctionnaires. Les fonctionnaires se retrouvaient riches en dizaines de millions mais ne trouvaient pas grand-chose à acheter, tellement était exsangue l'économie.

Pourquoi la planche à billets est-elle si nocive ? Après tout, il ne s’agit que de papiers imprimés, pourrait-on se dire ! Erreur. La monnaie, ou l'argent pour parler simplement, non seulement est un étalon de mesure de la valeur que nous accordons à des biens ou à des services, mais c'est aussi un instrument d'échange. A certains égards, l'échange en économie est un jeu à somme nulle. J'ai trimé pour un produit que je suis prêt à échanger à 1000 frs. Un contemporain en a fait de même pour un autre produit. J'ai besoin du produit de mon contemporain et il consent à me le céder à 1000 frs. Le jour où il aura besoin de mon produit, il pourra se servir de ces 1000 frs pour acheter mon produit.

Mais si les 1000 frs avec lequel j’ai acheté le produit de mon contemporain me sont tombés du ciel, ou plus précisément de la planche à billets d’une banque centrale laxiste, et que je n’ai pas moi aussi produit un bien, mon contemporain se trouvera privé de mon produit et aura travaillé en vain pour produire et vendre le sien. D’une certaine façon, je l'aurais volé en l’appauvrissant sans m'enrichir durablement moi-même. Une fois son produit consommé, nous retrouverons tous deux en état de pénurie. Et en pratique, la pénurie traduit la crise économique manifestée par une forte inflation.

Pour résumer, l'argent n'est pas que du papier colorié. Ce n'est pas en soi un objet cupidité. C'est un étalon qu'il faut se garder de fausser.

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