mercredi 23 septembre 2015

L'Afrique malade du sankarisme

Le Burkina est bien loin et nous examinons trop souvent des situations uniquement par le filtre de nos préjugés en ignorant les faits. Mon principale préjugé était de croire que les Africains qui combattent les autocrates sont forcément des démocrates.
Le dirigeant totalitaire Che Sankara, héros des démocrates africains. Paradoxal, non ?
Dans le cas du Burkina, les dés étaient pipés d'avance au lendemain du départ de Compaoré. Si le lt-col Isaac Zida, premier ministre du gouvernement de transition, paraissait l'homme-fort du régime, le personnage qui articule les orientations politiques de la transition est Chérif Sy, président du parlement de transition.

Chérif est un civil pur jus, mais aussi un sankariste de la plante des pieds au cuir chevelu. Son véritable horizon politique est la remise au goût du jour du sankarisme, d'où sa rancœur inextinguible envers Compaoré, dont le coup d'état fut marqué par l'assassinat de l'idole Sankara. La démocratie n'est pas en soit une priorité et sa véritable utilité est la possibilité qu'elle offre d'accéder au pouvoir.

Si vous vous cherchez sur le web des articles qui vous décrivent avec objectivité le Burkina politique de Sankara, vous risquez de chercher très longtemps. Utilisez plutôt le moteur de recherche Google Scholar et vous découvrirez d'intéressantes mémoires et thèses universitaires où y sont décrits sans jugement de valeur l'arbitraire généralisé, la répression de la moindre contradiction, l'absence d'une justice impartiale et je passe sur bien pire encore.

Tenez par exemple. Le CNR, l'organe suprême de la révolution, n'avait jamais eu un règlement clairement établi et fixé par écrit. Cela donnait la latitude à Sankara d'écarter ceux qui ne respectaient pas "l'esprit" de la révolution. Tous les syndicats avaient été mis au pas. La notion de présomption d'innocence n'existait pas et votre juge était aussi votre procureur.

Chérif Sy se rappelle encore de cette période "bénie" de la révolution et il agit comme ses pères idéologiques quand ils écartent TOUS les compaoristes, même ceux-là qui se contentèrent de soutenir verbalement l'ex-autocrate. A l'époque, on en s'embarrassait pas de scrupules pour écarter les "réactionnaires" et "féodaux", aujourd'hui on tord à sa guise la charte de l'UA en oubliant que le CNT est lui-même issu d'un coup d'état bien qu'une transition constitutionnelle était possible.

Pour Chérif Sy et compagnie, le crime politique n'est pas en soit condamnable sauf si la victime fut Che Sankara ou un de ses affidés ou si le coupable est Compaoré. C'est ainsi qu'après le départ de Compaoré, la justice du Burkina, aiguillonné par le nouveau gouvernement, a lancé une enquête sur l'assassinat présumé (et certain de prime abord) de Che Sankara. Mais, il n'est jamais venu à l'idée à cette justice d'enquêter sur les crimes de l'ère Sankara.  
Chérif Sy, l'homme-fort idéologique de la transition

Cela me désole que des Burkinabés décident de persévérer dans cette impasse idéologique qu'est le Sankarisme. Mais, je ne les ferai pas la leçon. Si le Burkina contribue à trépigner socio-économiquement, ce n'est pas le Cameroun qui paiera la facture. Ce qui m'inquiète plutôt, c'est l'attrait irrationnel que les Africains continuent à avoir envers le sankarisme. Pis encore, quand ces Africains-là prétendent œuvrer pour l'alternance démocratique.

Que deviendra le Cameroun quand le régime Biya s'effondrera et que les sankaristes du Cameroun prendront le pouvoir ? Vont-ils systématiquement écarter les gens qui ont soutenu le RDPC, même s'ils n'en ont reçu aucun dividende par des passe-droits ? Va-t-on instaurer des délits d'opinion pour punir les "réctionnaires" qui ont soutenu l'autocrate Biya'a bi Mvondo ? Les biyaistes lambdas deviendront-ils des citoyens de seconde zone n'ayant plus l'opportunité d'accorder leurs suffrages à un biyaiste se présentant aux élections ?

Pour finir, disons un mot sur l'un des prétextes des groupies du Che Sankara: l'intégrité de ce dernier. Rappelons que si Sankara avait exercé un sacerdoce religieux, cette qualité aurait pu bien suffir à son adulation. Mais il en faut plus pour être un bon dirigeant politique. En outre, le monde a compte des dictateurs et totalitaires de la pire espèce qui n'avait pas mis un traître sou de côté.

J'aurai préféré que Che Sankara soit moins intègre mais plus démocrate afin de laisser l'opportunité à ses compatriotes de le virer lors des élections et à la justice de le poursuivre pour malversations financières.     

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