vendredi 18 septembre 2015

Le Burkina malade de son armée

Le mercredi 16 septembre 2015, le Burkina Faso a encore connu un coup d'état mené par le régiment de sécurité présidentielle sous la férule du général Diendéré, un proche de l'ex-président Blaise Compaoré. Ce n-ième pronunciamiento interrompe la transition politique et remet l'armée au centre du pouvoir, ce qui n'a malheureusement rien d'inédit pour le Burkina.




Depuis l'indépendance, ce pays a connu sept (7) coups d'état militaires ! oui, sept ! Cela a commencé en 1966 avec le Lt-col Lamizana qui renversa le seul vrai président civil que ce pays est connu, Maurice Yaméogo. Il faut dire que ce dernier s'était enfermé dans une telle dérive autocratique que son incurie en matière de gestion économique lassèrent les Voltaïques de l'époque.

Mais voilà ! Nos braves Voltaïques appelèrent l'armée à pendre le pouvoir, ce que celle-ci s'empressa de faire. Depuis lors, l'appétit du pouvoir étant ce qu'il est et les Burkinabés trouvant certainement des mérites au caporalisme, les militaires n'ont plus jamais lâché le pouvoir pour retourner dans leurs casernes.

Même Sankara était un double putschiste qui n'envisagea jamais de remettre le pouvoir à un régime civil. Au contraire, il se plaisait à mettre aux pas ses concitoyens au non de je-ne-sais quels idéaux marxistes tiers-mondistes, comme si Burkina était devenu un vaste camp d'entraînement militaire. sa mort tragique fit oublié qu'il était un digne continuateur du caporalisme burkinabé.


Son successeur Compaoré, justement honni à cause de sa prise sanglante du pouvoir, mit un fort bémol à l'entreprise totalitaire de Sankara mais voulut s'éterniser au pouvoir. Son abandon du treillis militaire ne trompa personne et quand les Burkinabés eurent assez de son règne, ils s'insurgèrent.

Patatras ! C'est encore l'armée qui prit le pouvoir pour mener une transition censée être démocratique, mais qui éliminait sans trop de scrupules les politiciens ayant travaillé avec le régime précédent. Enthousiaste après le soulèvement populaire qui avait entraîné la chute de Compaoré, j'avais rapidement déchanté en constatant que la transition devait être mené par un colonel pur jus, le lt-col Issac Zida.

Quand le civil Michel Kafando, président de l'organe de transition, répondit avec mépris à ses compatriotes qui s'inquiétait de ce qu'un militaire détenait toujours le pouvoir effectif, je cessai d'accorder un quelconque intérêt à l'expérience burkinabé. Si à maints égards, la société civile burkinabé est bien plus mature que la nôtre, elle peine apparemment à comprendre que tant que les militaires ne se résoudront pas à rentrer complètement dans les casernes, la démocratie burkinabé évoluera toujours en eaux troubles.

Or le héros hors compétition des Burkinabés, surtout leur jeunesse, reste Thomas Sankara, un militaire qui estimait que le salut de son pays passe par un régime caporaliste ! Décidément, le Burkina n'est pas prêt de sortir de l'ornière militaro-autocratique.      

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