lundi 25 août 2014

Boko Haram et ceux qui jadis acclamèrent Ben Laden

C'est inconstable: le vendredi 25 juillet 2014, Boko Haram a frappé un très grand coup au Cameroun par un raid visant Kolofata, une petite contrée de la région de l'Extrême-Nord. Bilan des courses: plus de 17 tués et au moins 20 personnes enlevées dont un lamido et deux membres de la famille -dont l'une des épouses- d'Hamadou Ali, un des plus puissants ministres et personnalités du régime de Biya'a bi Mvondo. Cet évènement a eu le mérite de faire prendre aux Camerounais lambda la vraie mesure la vraie mesure du problème Boko Haram. On est bien loin des réactions d'allégresse à peine dissimulées après les attentats du 11 septembre 2001.


Ben Laden, ce "héros"

Bien sûr, on ne vit pas des foules de jeunes camerounais descendre dans la rue pour fêter le nouveau héros Ben Laden qui avait réalisé l'exploit de mettre à genoux l'Empire américain comme ce fut le cas dans maintes nations arabo-musulmanes et dans des communautés arabo-musulmane d'Occident. Au début, ce fut d'abord de l'effroi, de la commisération et même de la compassion. Puis, le sarcasme repris le dessus chez l'homme de la rue et dans la presse: "C'est bien fait pour les Américains !" Dans les médias, des "intellectuels", en fait des gens diplômés qui portent d'assez beaux costumes et sont assez éloquents pour passer à la télévision, et des journaleux déployaient des trésors d'argumentation pour, sinon justifier le terrorisme, du moins y trouver des circonstances atténuantes.

Si l'auteur de ce billet est peu capable d'illustrer ses propos par des exemples, ce n'est pas seulement à cause du temps qui dilue la mémoire -n'oublions pas que années se sont écoulés- mais aussi parce que c'est durant cette période qu'il cessa d'acheter par complaisance des journaux indigents quant au contenu informationnel mais noyés de commentaires antiaméricains. Idem pour la presse audiovisuelle. Il n'y avait que l'inénarrable CRTV, la BBC camerounaise -pardonnez l'analogie blasphématoire !- qui ne mangeait pas trop dans cette soupe: elle n'aurait imprudent risqué de mettre en faux Biya'a bi Mvondo avec l'Oncle Sam. Il ne faisait pas bon d'être pro-américain comme tel était notre cas.

Dans un débat enflammé avec un ancien camarade de classe, nous rélevions que le terrorisme islamiste n'avait pas d'amis en ce sens qu'il ne se donnerait pas la peine d'épargner des Africains si ceux-ci se trouvaient à proximité des Occidentaux ciblés ou s'il classait, par un retournement inattendu de la situation, ces Africains devenaint des ennemis objectifs. En guise d'illustrations, nous prenions les exemples des attentats de Nairobi et Dar es Salaam en 1998 qui firent 224 morts, dont seulement 12 Américains, le reste étant des Africains bien entendu. Nous pensions aussi à cette époque-là qu'une fois que les terroristes en auraient fini avec l'Occident -hypothèse d'école bien sûr- ils se retourneraient contre d'autres peuples qui ne respectent pas leurs visions de la politique, de la religion et de la morale.

Du terrorisme, "arme du pauvre"

Bien avant le 11 septembre, l'islam radical était déjà cause d'augmentation des tensions dans quelques régions d'Afrique. Nous nous limiterons qu'à citer le Soudan où l'arrivée au pouvoir d'islamistes radicaux ralluma les braises du conflit entre un Nord arabo-musulman et un Sud négro-africain animiste ou christianisé. Cela dit, il n'était pas encore question d'entreprise terroriste. Dans les États fortement islamisés d'Afrique, les populations étaient encore trop marquées par la sécularisation ou le syncrétisme aux pratiques animistes pour laisser se développer des mouvements radicaux. Mais la braise islamiste couvait déjà dans le Sahel, le nord du Nigéria ou la corne de l'Afrique.

Comme Blaise Compaoré, le sempiternel président du Burkina Faso, nombreux étaient ces “intellectuels” camerounais qui prétendaient que la misère était le terreau du terrorisme et que l'une des meilleurs façons de combattre des entités comme Al Qaeda était de faire reculer la pauvreté. Bel argument surfant sur la propension des hommes à écarter le raisonnement froid pour y substituer une approche ''humaine'' c'est-à-dire biaisée par du sentimentalisme ! Si vous arguiez que la germination des idéologies terroristes relevait plus de l'absolutisme politique, morale ou religieux et que la misère économique n'était très souvent qu'un prétexte pour recueillir l'adhésion, vous n'auriez eu aucune chance d'être écouté.

Et puis, mus par une haine stérile et stupide de l'Occident, nos concitoyens Camerounais en étaient à se réjouir de l'effondrement des Twin Towers puis à fulminer contre la riposte américaine qu'ils prirent à peine en compte des signaux inquiétants venant du Nigéria. Le nord de ce pays avait déjà un précédent islamo-radical au début du 19e siècle avec le djihad mené par Usman Dan Fodio, un souverain peuhl du royaume de Sokoto. Lorsque des Etats du nord du Nigeria instaurèrent le charia, des musulmans se contorsionnèrent pour défendre ces mesures d'un autre temps dans Connaissance de l'islam, une émission télédiffusée à la CRTV consacrée à la prédication et l'enseignement de la foi islamique.

Schizophrénie et complotisme

Quand en 2002 Mohamed Yusuf, un Camerounais (sic), fonda Boko Haram, la sonnette d'alarme resta muette. Quand en 2005 des responsables de la communauté de Douala alertèrent l'opinion publique sur les entreprises de prosélytisme de la secte islamiste sur notre territoire, nos ''intellectuels'' et journaleux ne nous livrèrent aucune analyse digne de ce nom. Les Camerounais lambda ne prirent vraiment connaissance de Boko Haram qu'au moment où ceux-ci se mirent à enlever des Occidentaux au Cameroun. Et puis ce fut la guerre ouvertement déclaré par Biya bi Mvondo. Quatorze ans après avoir acclamé Ben Laden, une trop grande proportion de nos compatriotes perçoivent la nouvelle menace par une attitude schizophrénique.

Aiguillonés par des commentateurs radio et télé dont on peut se demander s'ils ne sont pas des évadés de l'hôpital psychiatrique Jamot de Yaoundé, ils s'imaginent que Boko Haram n'est que le fruit d'une machination de la France pour déstabiliser le Cameroun ! Et là, vous n'avez qu'une version éthérée. Pour la version hard, vous pouvez toujours regarder International Afrique Média, le média camerounais complotiste par excellence. Mais ne la regardez pas trop quand même, sinon vous finiriez par croire que la Terre est plate et la Lune est une planète!


S'il fallait accorder un mérite au coup de force de Boko Haram à Kolofata, c'est d'avoir réduit à néant la grossière entreprise de désinformation de notre gouvernement. Se moquant allègrement -et peut-être à raison- de notre intelligence, il prétendait que nos forces armés réussisaient à tuer 40 ou 100 combattants islamistes dans de violents affrontements sans essuyer la moindre perte humaine ni même une égratignure. Nous avions fini par croire que le problème Boko Haram se réglerait les doigts dans le nez. Mais la réalité nous a vite rattrapé. Mais la schizophrénie n'a que faire de la réalité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire