Dans le premier article de cette série, je fustigeais la lâcheté des étudiants qui abandonnaient à leur triste sort deux de leurs camarades purement et simplement exclus des universités pour avoir dénoncé des frais universitaires non réglementaires et avoir incité les étudiants à en faire de même. Pourtant, ce billet y met un sérieux bémol car, si les étudiants rechignent à adhérer aux mouvements de contestations menés par leurs camarades "apprentis-agitateurs", c'est en partie aussi parce que trop souvent, ils ont été trahi soit par la duplicité soit par la naïveté de maints leaders étudiants. Pour illustrer ces propos, je m’appuierai essentiellement sur mon expérience vécue à l'époque où j'effectuais mes études supérieures entre 2004 et 2006 à l'IUT de Douala.
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Mouafo Djontu, le premier président de l'ADDEC |
De la grande révolte étudiante de 2004
Il y eut d'abord la grande grève étudiante du début de l'année académique 2004-2005 qui paralysa les universités d'Etat. Déclenché par l'ADDEC, le syndicat étudiant de l'université de Yaoundé I, ce mouvement de contestation marqua les esprits par son originalité. Des leaders étudiants, avec à leur tête Mouafo Djontu, réprimés décidèrent en réponse d'observer une grève de la faim. Au lieu d'appeler leurs camarades étudiants à manifester en guise de soutien avec les risques de débordement que cela comportait, ils préférèrent plutôt mettre leurs propres états de santé en danger.
Cette démarche originale impressionna d'abord les étudiants de Yaoundé puis ceux des autres universités. Ce fut peut-être la première fois qu' on avait affaire à un mouvement étudiant de contestation qui n'entendait ne laisser aucune prise au vandalisme. Manifestement, les leçons des erreurs du Parlement, le célèbre et dynamique syndicat étudiant dissout au début des années 90, avaient été tirées. Bientôt, d'autres universités, y compris celle de Douala, entrèrent dans la danse.
Après avoir fait preuve de modération dans la répression, sauf à Buéa où l'on compta au moins quatre étudiants tués, le gouvernement consentit à quelques mesurettes pour améliorer la gouvernance universitaire et mit sur pied une commission présidée par l'ancien ministre Abouem à Tchoyi David pour étudier les doléances des étudiants et y apporter des propositions de solutions.
Des leaders grugés comme des enfants
A Douala, le célébrissime ancien ministre de la communication (et de la désinformation) Kontchou Kouomegni Augustin alias "Zéro mort", fut nommé à la tête du conseil d'administration de l'université. Après réflexion, on peut penser que cette nomination n'était pas fortuite. Bien que Yaoundé est été l'épicentre de la contestation, la situation pouvait devenir incontrôlable si Douala en devenait la locomotive. Kontchou était la personne idoine pour enfumer les étudiants de Douala. Premier agrégé en sciences politiques en Afrique noire, il savait décrypter certaines doléances ineptes des étudiants et comment en user pour les berner.Comme les étudiants réclamaient un "statut" de l'étudiant, il offrit aux leaders de la contestation le soin de rédiger le document de cette usine à gaz.
Njoya Moussa, surnommé Lumumba par les étudiants, et qui fréquentait assidûment le cercle de réflexion panafricaniste de l'université, dirigeait le comité de rédaction du fumeux "statut". Activiste déterminé, tribun admiré, Njoya Moussa tomba naïvement dans le piège et sortit un an plus tard un texte d'une profonde vacuité mais truffés de platitudes tristes à pleurer du genre: "L'étudiant doit se lever pour saluer l'entrée de l'enseignant dans la salle de cours."
Le projet de statut fut accueilli dans une indifférence générale méritée. Il devait être ensuite soumis à un vote référendaire. C'est alors Bruno Bekolo, Augustin Kontchou et cie coiffèrent au poteau Njoya Moussa et consorts et organisèrent pratiquement à l'improviste un grossier simulacre de référendum avec des urnes ambulantes et des votants dont on ne vérifiait même pas l'identité. Njoya Moussa cria à la mascarade, recevant en retour des moqueries pour son affligeante naïveté.
Pigeons du conseil d'administration
Bien avant cela, il avait été décidé que les étudiants devaient désormais être représenté au sein du conseil d'administration. Assez mesquinement, le scrutin fut organisé presque à l'improviste et sans avoir convenablement informé les étudiants sur l'élection. La conséquence fut qu'en lieu et place des leaders contestataires, on eut plutôt des quidams, sans envergure ni véritables convictions sur la nature impérative des revendications des étudiants ni même de l'ambition pour l'université, qui se portèrent candidats.
Et au conseil d'administration, ils se firent bien roulé dans la farine. Le pire fut peut-être qu'ils y consentirent joyeusement, les généreux jetons de présence reçus les ayant facilement aidés à oublier leur mission au sein du conseil. Lors de la réunion de conseil d'administration qui devait étudier, amender et valider le projet de budget, nos chers représentants étudiants ne reçurent le document de présentation du budget seulement quelques minutes avant de passer au vote, après plusieurs heures de discussions exténuantes sur d'autres sujets.
Pis encore, ils reçurent ce document en même temps que la grosse enveloppe de jetons de présence. Entre examiner le document présenté et compter les liasses de billets de banque, le choix fut vite fait. Rassurez-vous, je ne tiens pas l'anecdote de la rumeur, mais plutôt de la bouche d'un de mes camarades de deuxième années à l'IUT, membre du conseil d'administration, qui trouvait cette histoire amusante à raconter.
Comment on finit de désespérer les étudiants
Des lecteurs estimeront que mon expérience n'est pas assez accablante pour clouer aux piloris ces leaders étudiants apprentis-agitateurs. Mais, il y a bien pire. Ceux qui par exemple retournèrent leurs vestes et trahirent leurs engagements. Cette espèce-là pilulaient à l'université de Douala et je ne crois pas cela ait vraiment changé. Déjà à l'époque, on disait que la célébrissime Mme Foning avait arrosé beaucoup de ces leaders-là... mais il vaut mieux prendre ce genre de rumeur avec des pincettes afin d'éviter de verser dans la diffamation.
D'autres estimeront que je suis trop sévère envers d'autres leaders qui, bien que naïfs, ont pourtant prouvé leur probité. C'est peut-être vrai. Mais convenons qu'à force de se faire berner par pur ingénuité, ces leaders ont fini par désespérer des étudiants qui estiment désormais qu'il vaut peu la peine de s'engager dans des combats qui, non seulement finiront en défaite, mais en plus seront source de désagrément.
Afin d'accéder à la première partie et à la troisième partie de cette série d'articles, veuillez cliquer sur les liens suivant:
Frondes étudiantes et coups d'épée dans l'eau (première partie)
Frondes étudiantes et coups d'épée dans l'eau (troisième et dernière partie)
Frondes étudiantes et coups d'épée dans l'eau (troisième et dernière partie)
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