lundi 19 octobre 2015

L'âge d'une fraude nationale (troisième partie)

Tant que l'épervier de Biya'a bi Mvondo ne s'attaque qu'aux détourneurs de fonds publics, tant que Transparency International n'enquête que sur la corruption dans les services publics, tant que la corruption ne désigne au Cameroun que le fait de soudoyer avec de l'argent pour obtenir une faveur indue (ou pas), le Camerounais lambda se dira toujours que la fraude le concerne peu. Mais, si on jetait un coup d’œil sur la fraude aux actes de naissance, on verrait alors à quel point la fraude est devenue une culture largement partagée au Cameroun.




Partie précédent cet article L'âge d'une fraude nationale (deuxième partie)

La conspiration du silence


Pourquoi face à l'ampleur ahurissant du phénomène nos journalistes, nos intellectuels, nos universitaires, nos hommes politiques bref nos leaders d'opinion se taisent ? Est-ce parce que c'est une pratique généralisée qui ne concernent pas vraiment nos dirigeants mais plutôt des citoyens lambdas de tout bord politique ? Peut-être bien. Peut-être que personne ne veut prendre le risque de dénoncer des actes frauduleux dont les membres de sa propre famille, ses voisins, ses amis ou soi-même sont les actes. En effet, il est bien plus facile de vilipender le gouvernement, les fonctionnaires ou les grands hommes d'affaire parce que peu d'entre nous sommes proches d'un ministre ou des milieux d'affaire et que la critique des fonctionnaires est si courante qu'on ne craint pas d'offenser quiconque.

Mais, j'ai répondu "peut-être" à la question du paragraphe précédent parce que je n'y crois pas vraiment. Les acteurs sus-évoqués dénoncent pourtant bien la corruption, le désordre urbain, le culte du moindre effort ou la démission des parents pour ne parler que de quelques-uns de ces fléaux qui touchent toute la société camerounaise, pas seulement les puissants. S'ils se taisent sur la pratique des faux actes de naissance, c'est d'abord et surtout parce que cela a bien profité à notre pays sur le plan international et que le bénéfice tiré a caressé notre fierté nationale dans le domaine du sport, plus précisement du football.

Imaginez un peu l'équipe de football que nous aurions pu constituer en 2000 aux jeux olympiques si nous n'avions pas fraudé ! Pensez-vous qu'on aurait pu remporter la médaille d'or ? Sans cette pratique, aurions nous pu remporté des compétions de football et même d'autres disciplines sportives dans les catégories minimes, cadets, juniors et espoirs ? Nous savons bien que non. Mes éventuels contradicteurs me rétorqueront peut-être que cela n'entache pas le palmarès de nos équipes nationales seniors. De prime abord, ils auront raison... mais de prime abord seulement. Car, en analysant plus attentivement, on constate cette fraude nous a permis d'exporter de "pseudo" jeunes joueurs que les clubs européens ont perfectionner dans leur art. Sans cela, les européens du fait de leur préjugés pro-jeunes ne les auraient pas accepter et des joueurs tels que Samuel Eto'o n'auraient probablement jamais atteint le sommet de leur art et n'auraient ainsi pas permis à nos équipes nationales seniors d'engranger autant de succès.


En leur for intérieur, nos leaders et forgeurs d'opinions savent cela mais ils ne veulent pas attirer la honte sur notre pays et risquer la perte des trophées sportifs gagnés. Le président Ahidjo leur avait appris qu'autant que possible, il ne fallait pas s’embarrasser de scrupules pour triompher sur d'autres nations dans le sport. Il usait et abusait ainsi du sentiment de fierté national pour consolider l'adhésion à son régime autoritaire. Dans le football, il faisait plus que permettre la falsification des âges: il admettait qu'on falsifie carrément l'identité des joueurs pour permettrait par exemple à Roger Milla, sociétaire à l'époque de Tonnerre de Yaoundé, de jouer dans Canon de Yaoundé ou à Théophile Abéga de canon d'aller renforcer Tonnerre en compétition africaine lors de la même saison sous une fausse identité. C'était avant que la généralisation de la télévision ne vienne rendre trop périlleux le grossier stratagème. Une bonne partie de nos leaders d'opinion actuels ont beau ne pas porter Ahidjo dans leurs cœurs, ils ont pourtant conservé sa philosophie de l'absence de scrupules pour faire triompher la nation.

Suite de l'article L'âge d'une fraude nationale (quatrième et dernière partie)

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