lundi 30 avril 2012

La rigueur budgétaire, nos mères savent ce que cela signifie

La crise des dettes souveraines européennes a eu l'immense mérite de montrer à la face du monde à quel point les dirigeants européens géraient leurs états en usant d'incurie et de gabegie. Ainsi, des pays à l'instar de la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie prirent depuis des décennies l'habitude toxique de vivre au dessus de leurs moyens. Comme nos républiques bananières d'Afrique avant les tant décriés plans d'ajustement structurel des institutions de Bretton Woods.

Pendant nos états d'Afrique se permettaient d'être chroniquement déficitaires grâce à la manne des puissances occidentales ou orientales géopolitique oblige, les États d'Europe s'appuyaient sur les placements d'investisseurs convaincus de la nature inaltérable des créances souveraines et aussi incités ou contraints par la fiscalité d'acheter par exemple des obligations d'état.

Si nos pays d'Afrique se sont vite retrouvé à la diète après que nos donateurs aient mis un frein à leur "générosité" et se contraignirent à mâcher l'herbe amère de l'austérité au milieu des années 80, l'incurie a perduré plus longtemps en Occident avant que n'éclate la crise grec. On put ainsi redécouvrir qu'un État pouvait faire faillite et que la recette âcre de l'austérité n'avait pas été inventé spécialement pour étrangler l'Afrique comme s'évertuaient à pérorer avec une bonne dose de mauvaise foi les tiers-mondistes et anti-occidentaux d'Afrique et du monde.

J'ai eu toujours eu beaucoup de peine à comprendre pourquoi les opinions publiques et classes politiques étaient si rétifs à admettre un principe que toutes les bonnes mères au foyer d'Afrique et du monde pratiquaient sans qu'on eut besoin de leur en faire un cour théorique: ne pas vivre au dessus de ses moyens. Si notre mère, et bien d'autres mères au moins aussi méritantes que la nôtre, avait conduit la politique du Cameroun et de la Grèce, mon pays n'aurait pas eu besoin d'un plan d'austérité aussi sévère que nous avons connu et la Grèce ne défraierait pas autant l'actualité politico-économique. 

A raison du revenu familial modeste, notre mère nous gavait quasiment tous les jours de riz et de sauce d'arachide et estimait très justement que préparer la sauce de tomate, des tubercules autres que du manioc ou des pâtes alimentaires revenait trop cher. Nous ne nous permettions qu'un repas au poulet ou au haricot que deux fois au plus par an. Les biberons  derniers d'entre nous les enfants se remplissaient surtout de bouillie de mais en  lieu et place du lait artificielle pour nourrissons.

Quoique nous subissions parfois des moqueries du fait de la monotonie de la composition de nos repas, nous ne nous en plaignons pas ou si peu. Nous pouvions manger quasiment tous les jours à satiété et n'étions pas en moins bonne santé que d'autres enfants. Tout au contraire! Nous parents et particulièrement notre mère savaient pertinemment ce que notre niveau de vie nous permettait ou pas.

C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne comprenais pas l'opposition radicale d'intellectuels, de syndicalistes, de politiciens et d'une majeure partie de l'opinion aux mesures d'austérité pour assainir les comptes publiques. Notre pays ne pouvait plus se permettre de continuer à recruter des enseignants, des médecins et infirmiers, des policiers. Mais les persifleurs de la rigueur budgétaire agissaient comme si par un coup de baguette magique, nous aurions pu trouver les moyens de maintenir notre niveau de vie national.

Ce que j'écris sur notre mère vaut bien aussi pour quantité d'autres mères d'Afrique et d'ailleurs. En matière de gestion économique, nos dirigeants feraient mieux de s'inspirer d'elle.

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