lundi 30 avril 2012

Manhattan – Tombouctou : 11 ans après le 11 septembre 2001

Mardi 11 septembre  2001. Dans un après-midi qui ressemble à bien d’autres, de retour de promenade, j’apprends par une de mes petites sœurs que des évènements inouïs se déroulent à ce moment à New-York, Etats-Unis. Des avions, comme pris de folie, s’abattent sur des immeubles. Quand ma petite sœur évoque l’éventualité d’attentats terroristes, je la réfute instantanément. Comment est-ce possible, des avions de transport de passagers transformés en bombes géantes volantes ? Comment les services de sécurité américains n’ont-elles rien vue venir ?

Au début, la plupart des citoyens du monde sont abasourdis comme moi. Les premières réactions relèvent surtout de l’empathie et de la solidarité. Les manifestations de joie qui ont lieu dans de nombreux pays arabes et dans des quartiers, peuplés en grande partie d’immigrés arabes, de certaines villes d’Europe ne s’apparentent encore que de simples murmures qui meublent un cauchemar. En ces moments tragiques-là, comme le dira un éditorialiste français, nous sommes tous américains.

Mais très vite, les clairons de l’antiaméricanisme reprennent le dessus et dans les propos des antiaméricains de notre planète, on distingue aisément le cynisme et la moquerie. « C’est bien fait pour les Américains », « Les Américains l’ont un peu cherché » (dixit l’impayable Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique), dit-on alors. On commence à trouver des excuses aux terroristes et on dit alors du terrorisme qu’il est l’arme du pauvre contre les puissants.

Dans ce concert d’imbécilités motivées par une obsession anti-américaine, l’Afrique n’est bien sûr pas en reste. Lors d’un sommet de chefs d’état africains, j’entends de mes propres oreilles, avec plus qu’un pincement au cœur, le président burkinabé déblatérer des stupidités du genre « pauvreté, terreau du terrorisme »,  « frustrations des peuples, causes du terrorisme » ou encore «résorber les frustrations et réduire la pauvreté pour résoudre la question du terrorisme ».

Une profonde colère empreinte d’une grande tristesse me gagne alors. Manifestement, les attentats de Nairobi et de Dar-es-Salam en 1998, qui firent surtout des victimes africaines, ont été oubliés. Quelle naïveté de croire que les terroristes sont du côté du pauvre, de la veuve et de l’orphelin ? Quelle simplicité d’esprit d’ignorer que ces criminels ont des agendas autres que la résorption des « frustrations » ?

Et voilà l’Afrique subsaharienne qui s’endort dans la certitude que le problème du terrorisme –plus précisément du terrorisme islamiste- ne la concerne pas ou si peu. Pis encore, elle fait plus que s’endormir : elle ricane au spectacle des attentats de Madrid (mars 2004) et de Londres (juillet 2005), aux déboires de la puissance américaine en Afghanistan et en Irak. Et pour achever de faire bonne mesure, elle refuse l’offre de collaboration du l’administration W. Bush pour lutter contre la menace terroriste dans la vaste région du Sahel.

Mais comme il faut bien un fin à une certaine stupidité, le ricanement tourne au rire jaune quand les terroristes shebabs  commettent un attentat à Kampala en juillet 2010 pour punir l’Ouganda de son engagement militaire en Somalie. Pour la première fois, l’Union Africaine abandonne son discours angélique et complaisant envers le terrorisme. J’aurai pu me réjouir en me disant : « Mieux vaut tard que jamais ! » Mais la frustration accumulée pendant des années à cause de l’aveuglement bête de nos dirigeants africains ne provoqua en moi que cette réaction ironique et cynique : « Ils (les dirigeants africains) ont déjà vu quoi ! »

Et malheureusement, nous Africains n'avions encore rien vu puisque que le pire du terrorisme islamiste restait encore à venir. Nous ne pouvions plus compter sur le soutien américain parce que son nouveau dirigeant Obama avait mis en sourdine la guerre contre le terrorisme. Ses grands discours du genre d'Accra et du Caire qui mirent les foules en émoi d'admiration laissaient pourtant clairement entendre, pour les incrédules du culte obamaniaque qui savaient lire entre les lignes, que l'Afrique devait désormais se débrouiller seul avec la terrorisme islamiste.

Comme s'est tant évertué à le souligner Guy Millière, le président américain a manifesté beaucoup de zèle à favoriser l'ascension au pouvoir des islamistes -notamment en Tunisie, en Egypte et en Lybie. Mais quand il s'agit de venir en aide à des états africains militairement peu aptes à faire face à la menace des mouvements salafistes et djihadistes, Obama fait le mort.

Aujourd'hui, l'existence du Mali est menacée après la prise de Kidal, Gao et Tombouctou par une coalition formée par le mouvement indépendantiste touareg MNLA, AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique) et d'autres mouvements salafistes moins connus. L'Etat malien contrôle à peine plus du tiers de son territoire. Même s'il obtenait l'aide militaire de la CEDAO, on peut raisonnablement douté que cela soit suffisant puisque le plus grand contributeur en soldats et en armes, le Nigéria, n'arrive pas à se débarrasser de Boko Horam, une secte islamique qui sévit sur son territoire à coups d'attentats aussi spectaculaires que sanglants.

En septembre 2011, Amadou Toumani Touré, l'ex-président malien renversé le 22 mars 2012 par un putsch militaire, n'était pas encore au commande. Mais au regard de la façon dont il a géré le problème de l'insécurité causée par les terroristes islamistes du Sahel, on s'imagine aisément que ce général de carrière partageait en son for intérieur les réflexions lénifiantes sur la dangerosité du terrorisme islamiste. Sinon comment expliquer qu'ATT s'est obstiné à repousser l'offre de coopération sécuritaire américaine qui devait se traduire par la mise sur d'un centre de commandement AFRCOM en Afrique de l'Ouest? Comment comprendre qu'il n'ait pas recouru à l'aide de l'Algérie voisine, mieux équipée et nettement plus aguerrie dans la lutte anti-terroriste?

Que le cas malien serve de leçon à ces naïfs qui trouvaient des circonstances atténuantes aux terroristes tant que ceux si s'en prenaient à l'Occident, au petit satan israélien ou au grand satan américain. La cible du terroriste islamiste n'est pas fondamentalement le puissant, mais plutôt le mécréant. Si le mécréant puissant peut se protéger de sa folie criminelle, il n'en est pas de même du mécréant faible. A bon entendeur...

Rebelles Touaregs du Mali Les rebelles dans leurs retranchements de la base de Tigha, au Nord de Kidal dans la région Adrar des Ifora. 

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